Clio, astrologue et magnétiseuse, DJette, 29 ans, Paris 18ème

« Je laisse vachement la musique venir à moi et j’aime bien être surprise de me prendre une grosse claque. Je vis pour ça, j’ai une addiction aux claques musicales que je peux me prendre, et au sentiment d’humilité que ça te fait, de te dire “wahou, c’est une grosse claque, y’a quelqu’un qui a fait ce truc énorme et en fait, j’étais pas au courant”. »

Quel est le tout premier disque que tu as acheté ? Est-ce que tu l’as toujours ?

C’était quand j’avais genre 10 ans, j’ai acheté 3 disques, et d’ailleurs, c’était 3 CDs : Phoenix, “If I ever feel better” ou un truc comme ça, “The Watcher” de Dr Dre – mais c’était pas la bonne chanson, je voulais en acheter une autre et au final, celle que j’ai acheté était carrément plus cool – et Daft Punk, “Aerodynamic”. C’est pareil, je crois que je voulais acheter “One More Time” mais je me suis gourée, et au final, j’ai préféré parce qu’en me plantant, j’avais une chanson qu’on n’entendait pas partout et qui était intéressante. Voilà pour les CDs. Je ne sais pas où ils sont, parce que je n’ai plus de CDs depuis belle lurette ! J’ai commencé à acheter des vinyles plus tard, parce que j’avais pas de thunes. Genre j’écoutais Lou Reed, Iggy Pop, pas mal de trucs seventies. J’ai chopé dans une foire-à-tout à Bonsecours la B.O. d’”Orange Mécanique”, “Remain in Light” des Talking Heads – la pochette avec les 4 têtes rouges – et “Look Sharp” de Joe Jackson. Et le Talking Heads, je le mixe encore ! 

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C’est marrant, parce que j’achetais des skeuds vraiment dans une logique prolo : “t’as pas de thunes, donc t’achètes des vinyles”. Et après, ça s’est vraiment complètement inversé. Bon, tu peux toujours trouver des skeuds pas chers, mais la façon de consommer la musique a carrément évolué. Ca fait une dizaine d’années que plein de gens se mettent à acheter des vinyles, et tant mieux, enfin, ça me dérange pas du tout qu’ils le fassent… Mais bon, c’est vrai qu’il y’a aussi plein de gens qui le font parce que c’est “à la mode”.

Quel support physique préfères-tu et pourquoi ?  Est-ce que tu achètes aussi du digital ?

Le vinyle, depuis toujours et je ne sais pas pourquoi. Je suis fan de vinyles depuis que je suis petite. J’écoutais tous les skeuds de mes parents, et je les rayais tous, haha. Et depuis que j’ai 15 ans, j’achète que des vinyles. J’ai pas acheté un seul CD depuis. Le dernier CD que j’ai acheté, ça devait être quand j’avais 14 ans. Pour moi, si tu veux un CD, c’est gravable… Alors que le vinyle, tu l’as ou tu l’as pas et ça devient hyper personnel. Il est à toi, c’est ton vinyle. Et puis tu sais que t’as mis ton argent dans un objet qui va durer. Alors qu’on nous avait sorti le CD, à l’époque, comme un truc qui était inrayable, haha ! Pourtant je te le dis, j’ai rayé plein de CDs. Donc ouais, vinyle, à 100%. Je n’achète même pas de digital.

Il y’a quand même d’autres supports que tu aimes bien ?

Je commence à kiffer les cassettes mais j’ai pas de lecteur donc pour l’instant, je n’en achète pas. Mais maintenant, j’aimerais bien faire des mixtapes sur cassettes aussi… Quand j’étais gosse, j’aimais bien faire ça et j’aimerais bien les réécouter d’ailleurs ! Qu’est-ce qu’il peut y avoir sur une mixtape que t’appelles “Groove” quand t’as 10 ans ? Ca doit être assez drôle. Avec que des trucs enregistrés à la radio, bien sûr !

Es-tu sensible aux “éditions limitées” et collectors ? Pourquoi ?

Non, je m’en fous complètement. S’ils ressortent un skeud qui coûte une blinde, un truc qui est à 1 000$ sur Discogs, et qu’il est maintenant à 14 balles et que c’est une chanson dont je suis fan, bien sûr que je vais l’acheter. Après, question collector, j’ai un ex qui m’avait filé un album des Cramps avec les lunettes 3D pour mater la pochette, ce que je trouve assez marrant, et ça, je l’ai gardé. De toute façon, tu ne jettes pas un album des Cramps ! Ou bien, c’est que ça commence à aller vraiment très mal mentalement, haha. J’ai aussi un Brian Jonestown Massacre, un espèce de Best of en blanc, limité à 700 exemplaires, mais bon on n’en a rien à péter tu vois ! J’ai un CSS aussi, qui est en format carré, et je ne savais même pas qu’il était carré quand je l’ai acheté. Donc les trucs collectors que j’ai, c’est par hasard ou alors parce que c’est des trucs chanmé de base.

The Cramps, 3D lunettes

Après, je trouve ça assez commercial dans le fond… Y’a le fanatique pour qui l’objet, c’est super important. Mais moi, je ne suis pas là-dedans. En tout cas pour le moment, je n’ai pas trouvé “la” pièce. Même Arthur Russell, qui est un mec que j’adore, s’il sortait un truc collector, je me dirais que tout le monde va se ruer dessus. Et quand tout le monde se rue sur un truc, ça perd un peu de son intérêt pour moi. Enfin, je dis ça sans prétention, mais ça m’enlève tout intérêt. Je préfère acheter des trucs qui coûtent que dalle et qui sont chanmé, découvrir de nouveaux trucs, plutôt que de mettre une blinde dans un truc quand tu sais déjà que c’est cool et que tout le monde l’a. Mais en même temps, je ne connais pas assez le monde du collector, je crois.

As-tu déjà acheté un disque d’un groupe ou artiste que tu n’aimes pas spécialement juste parce que tu aimais bien l’objet ?

Non. Après, quand tu es chez le disquaire et que tu vois des jolies pochettes, t’es là “quand même, ça a l’air bien”… Mais non, je ne me suis jamais fait avoir avec ça. Là je vais changer un peu de sujet, mais ce qui m’est déjà arrivé par contre, c’est d’acheter un truc que je trouvais cool sur le coup, mais qui est devenu désuet de ouf en quelques temps. Tu vois, ces sons qui font vraiment référence à une époque et qui vieillissent très mal. C’est plutôt ça qui me fait regretter l’achat de certains disques. Et en même temps, comme dans tout ce qui est kitsch, désuet, mauvais goût, c’est une question de conception et elle est évolutive, donc tu ne peux pas vraiment le prédire à l’avance.

Est-ce que tu aimes les compiles ? En as-tu ? Montre-nous.

Ouais et j’en ai plein des chanmé à te montrer ! Je ne consomme pas que ça, mais c’est vrai que j’en ai plein de cool. Je t’ai fait une sélection…

compiles vinyles, Clio

Y’a les compiles “Chébran” qui sont mortelles… Les “Cosmic Machine”, qui sont des compiles de music library, avec des musiques pour des documentaires, des banques de données, avec que des trucs space-cosmic français, fin 70 début 80, donc juste mortel ! La compile “Burning Ambitions”, qui est un peu “the” compile de punk… Ca sinon, ce sont les “New York Noise”. Mais j’aime surtout la 1ère, qui n’a rien à voir avec les 2 autres qui sont beaucoup plus bruitistes je trouve, beaucoup plus no wave. La première est mega funky ! T’as Liquid Liquid, Dinosaur L, et c’est aussi comme ça que j’ai découvert Arthur Russell, the Dance… Merci, bordel ! Après, j’ai aussi des compiles Factory Records, ou cette super compile “Metal Dance” avec de l’EBM, de l’indus… Ca, c’est une compile de Trance, avec des trucs vénères et des trucs super calmes, super hypnotiques, un peu mystiques, que j’aime beaucoup. Je l’avais dealée à Edimbourg. Dedans, t’as 4 disques, et sur les macarons, tu as une raie manta. Je trouve ça énorme ! En tout cas, c’est vraiment une super compile. T’as aussi cette compile “Suriname Funk Force”, avec que des trucs disco-funk du Surinam, c’est juste de la bombe. Ca c’est “Digital Zandoli”, une compile de zouk chanmax. Après, j’ai du Soul Jazz, du tropicalia… Les compiles “Jungle Exotica”… Sur Soul Jazz, j’ai aussi les compiles “Fly Girls”, avec que des nanas qui font du hip hop, hyper féministes… C’est complètement ma came, j’en mixe pas mal. J’ai aussi les “Mutant Disco” de chez ZE Records, qui sont juste trop bien. Par exemple, tu vas avoir Marie et les Garçons mais en version disco, un peu weirdo, electro. Y’a une reprise de “Drive my car” des Beatles, y’a Was (Not Was), Kid Creole & the Coconuts… On n’est pas sur du disco classique. Celles-ci, ce sont les 2 dernières que j’ai chopé et qui sont ouf : des compiles brésiliennes de sons avec des synthés hyper kitsch des années 80-90. J’ai aussi cette compile de Dream House italienne, “Welcome to Paradise”, avec 3 volumes qui sont ouf… La Dream House, c’est vachement hypnotique, avec des espèces de nappes. C’est très doux, ça incite hyper au rêve… Ca, c’est “Keeping the Faith”, la super compile du label Creation… Autrement, j’ai cette compile avec que des reprises de disco, en reggae. C’est énorme ! J’ai aussi cette compile de disco nigérian, qui est ouf. Ou celle-là, qui est ultime, c’est une compile de new wave italienne des années 80, avec Jeunesse d’Ivoire, la Maison… C’est magnifique, hyper mélancolique. Et “Disco Not Disco”, ultime compile avec Quango Quango, James Chance, Delta 5… Tout est énorme dans ce truc. Et voilà pour les compiles !

Compile Disco not Disco

C’est très éclectique, en tout cas ! Tu aimes bien les trucs weirdo, on dirait.

Oui, c’est clair… Au final, c’est pour ça que j’ai eu beaucoup de mal à choisir mes disques, parce que j’en ai dans tellement de styles. Ce que j’aime bien dans la musique, c’est découvrir des choses qui me font penser autrement. J’aime bien être surprise en fait ! Si c’est pour écouter un truc que je connais déjà, ça n’a aucun sens. Enfin pour moi…

Et toi-même, tu fais des compiles aussi, non ?

Je fais des mixtapes en fait, que j’enregistre ici, chez moi. Je les enregistre directement sur clé USB, depuis mes platines. J’essaye de mixer plein de genres différents. Il va en général y avoir un thème, parce que je vais voir une photo et que ça m’inspire. Pour moi, c’est vraiment un mode d’expression. Au final, dans le milieu du mix, c’est souvent le genre musical ou les BPM qui déterminent ce qu’on va faire, et moi, j’aime bien que le fil conducteur soit plutôt l’énergie. En fait, c’est comme un voyage : t’emmènes les gens, parfois y’a des montées, y’a des redescentes, et t’es pas obligée de faire des redescentes où tu t’emmerdes, ça peut être juste comme une respiration. Bien sûr, quand tu enregistres un mix chez toi, c’est pas pareil que si tu mixes dans un bar ou dans un club, car les attentes du public ne sont pas les mêmes. Mais en tout cas, quand j’ai pas fait de mixtape pendant un mois, ça me démange ! J’ai toujours plein de dossiers ouverts dans ma tête, avec plein de listes, plein d’idées de mixtapes et y’en a que j’arrive finalement à faire au bout de 3 ans ! La plupart du temps, ça part de ça : je découvre tel son, et ça va faire un pont avec plein d’autres sons, et aussi avec mon état d’esprit. Et c’est ce qui va faire que je vais créer ce mix là. C’est vraiment sans pression, je ne me mets pas de contraintes. C’est trop mon plaisir perso, en fait, je m’exprime comme ça. Si les gens kiffent, tant mieux, mais personnellement, je préfère faire un truc clivant, avec du gros parti pris, plutôt que de faire quelque chose de déjà entendu, ou je ne prends pas vraiment de plaisir. Mon feu intérieur a besoin de nouveauté pour pouvoir continuer, haha. 

Clio en train de mixer

Là, je suis dans un mood où j’essaye de mélanger des trucs qui n’étaient pas censés se rencontrer. D’ailleurs à l’époque, sans mélanger autant les styles, on me disait beaucoup : “on ne sait pas ce que tu mixes, parce que tu mixes de tout, on ne peut pas vraiment t’identifier, machin” mais moi je m’en fous, je ne suis pas un produit et je m’en bats les steaks de me vendre ! Tout ce que je veux c’est partager la musique que j’aime. En ce moment, j’ai envie de faire ça à fond. Pas forcément de créer un autre genre, je n’ai pas du tout cette prétention-là, mais d’aller vers plus d’atypisme. Un truc que je fais en ce moment, c’est que je récupère plein de disques de trance dégueulasse à 2 balles, ils sont inaudibles, et c’est vraiment de la grosse bouse. Mais en fait, tu les passes en -8 et c’est juste magique ! J’ai de plus en plus envie de modifier tous les morceaux. Comme tout le monde se met à acheter les mêmes trucs et que ça devient super cher, si je veux rester dans mon éthique de prolo, je dois trouver des morceaux pourris dont personne ne veut et qui ne sont pas chers, et trouver une façon pour qu’ils sonnent bien. Et ça, c’est un peu mon truc en ce moment.

Du coup, tu deviens vraiment créative avec ce que tu écoutes !

Oui, c’est ça ! Parce qu’avant, j’étais plus dans une logique de selecta, j’avais même du mal à couper un morceau. Bon, quand tu passes du punk, tu ne vas pas couper ton morceau vu qu’il dure 2 minutes et que t’es donc juste en train de suer pour mettre ton autre morceau à temps. Mais aujourd’hui, je trouve ça fascinant parce que je suis dans un rapport au vinyle qui est carrément plus créatif. Typiquement, j’aimerais énormément faire plus de superpositions. J’ai récupéré de ma grand mère des disques bulgares, serbes, des chants religieux d’Argentine… Et j’ai plein de skeuds trance ou électro qui sont chanmé mais où y’a pas de voix, et donc ça manque d’un truc. Il suffit de les superposer, et c’est juste ouf ! J’aimerais bien trouver un moyen de les enregistrer sur cassette et de dealer des mix sur cassette. Pareil, j’ai récupéré des vieilles bandes de sons, des ancêtres de cassettes avec de la musique russe, du disco… Faut absolument que je trouve un magnéto ! Et pourquoi pas, essayer de mixer des bandes avec des vinyles et d’enregistrer ça sur un multipistes en mode cassette.

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Pour moi, tu te mets vraiment à dépasser le truc de la DJette, enfin là, tu crées vraiment de la musique !

Au final, y’a pas mal de DJs qui se sont mis à mixer des sons ensemble et ont créé des sons. Enfin, je n’ai pas la prétention de créer des sons, mais la démarche créative me botte à fond. C’est le côté inconnu, tu sais pas ce que tu vas faire, tu te laisses porter par tes découvertes. Je suis vachement romantique dans ma façon de consommer la musique parce que je ne vais pas forcément chercher. De temps en temps, oui, je vais chez les disquaires et je reste 4 heures, où j’écoute la masse de trucs, et je dépense la masse de thunes, haha… Mais je sais pas, je laisse vachement la musique venir à moi, et j’aime bien être surprise de me prendre une grosse claque. Je vis pour ça, j’ai une addiction aux claques musicales que je peux me prendre, et au sentiment d’humilité que ça te fait, de te dire “wahou, c’est une grosse claque, y’a quelqu’un qui a fait ce truc énorme et en fait, j’étais pas au courant”. Et je suis ravie de ne pas avoir été au courant pour pouvoir justement, être surprise, et être surprise constamment, en être heureuse. C’est galvanisant. Et c’est pour ça que je vais piocher dans plein de genres, aussi.

Effectivement, il y’a un gros parallèle avec l’addiction, dans ta démarche.  

C’est un peu comme les voyages en fait, je suis addict au choc, aux choses qui me font me sentir humble et en paix. La musique, je trouve, vibratoirement, me fait ça. Mais comme je te le disais, la vie me les a programmés. Je me laisse juste porter, j’ai rien besoin de faire en fait, ça vient à moi. Donc quelque part, c’est une addiction mais y’a pas la toxicité que connote ce terme. J’aime trop cette spontanéité là. Et même dans ma consommation de musique : je ne lis aucun magazine, je ne sais pas ce qui sort, je suis complètement une autiste, mais je m’en fous parce que ce qui m’intéresse, c’est le rapport à moi-même dans tout ça. Clairement, c’est un peu individualiste comme approche, et c’est très personnel.

Est-ce que la pochette ou l’artwork est important pour toi ? Montre-nous tes pochettes préférées si tu en as.

C’est important, oui et non. En fait, c’est du plus. J’ai plein de skeuds qui sont oufissimes, mais qui sont dans des pochettes blanches. J’adore qu’en fait, tu crois qu’un skeud est dégueulasse ou qu’il est anodin, alors qu’en fait, il est ouf. En fait, tu t’intéresses à la musique pour son esthétique visuelle ou sa profondeur ? C’est quoi ta démarche ? Pour moi c’est la musique, clairement. Bien sûr, quand tu dig et qu’il y’a une pochette qui t’interpelle, tu vas écouter ce que c’est, mais tu ne vas pas forcément acheter pour ça. Et évidemment, je t’ai fait une sélection de pochettes de ouf longue comme le bras, haha ! Comme j’ai vraiment eu beaucoup de mal à choisir entre toutes ces pochettes, je pense qu’on va faire un grand mur pour la photo, comme pour les compiles.

Clio en train de faire son mur de pochettes préférées

On a la “Las Vegas Grind” par Daniel Clowes, ou cette compile des Flying Lizards que je trouve trop belle… Celle des Calamités : c’est tout con, mais je kiffe trop. “The Great Rock’n’Roll Swindle”, avec ce super morceau “Black arabs”, que typiquement, à l’époque quand je mettais du disco, j’adorais passer. En fait, c’est une reprise disco par les Sex Pistols ! Typiquement, tu passes ça aux gens qui écoutent les Sex Pistols, mais en mode disco, ils te haïssent ! Moi ça me fait beaucoup rire. Et ce qui est drôle, c’est que les mecs qui écoutent du disco n’écoutent pas les Sex Pistols pour autant. Du coup, tu leur mets ce morceau et ils sont là “mais c’est quoi ce truc ?” Je trouve ça trop drôle, car je gravite autant dans des milieux punk que dans des milieux disco house, qui ne se connectent pas forcément de base.

Les pochettes préférées de CLio

Ca sinon, c’est Antoni Maiovvi, un italien. Au delà du fait que ce skeud est juste ouf, quand t’es fan de physique quantique ou que t’aimes trop l’histoire de “Shrodinger’s Cat”, c’est juste trop cool d’avoir un skeud avec que des petits chats dans des boîtes !

Schrodinger's box + cat vinyle

Après, je t’ai sélectionné des pochettes assez simples aussi mais qui sont chanmé, par exemple Blackmail, ou Telex, avec sa pochette d’anthologie… Ca, c’est pas les Daft Punk mais un pirate du Velvet Underground, mais je trouvais ça drôle car ça pourrait vraiment être une pochette de Daft Punk.

Pochette du Velvet Underground

Aussi, un de mes albums préférés en punk, “Pink Flag” de Wire… Pffff… Tellement génial ! Devo, c’est pareil, tu sais pas pourquoi, c’est Devo, c’est comme ça… Les Cramps, encore une pochette que je trouve trop belle. Il y’a ça sinon, c’est un groupe de Rouen avec Alain de Nardis qui s’appelle Nurse, et la pochette, je la trouve juste canon-canon ! Elle existe aussi en bleu. Groupe post-punk, new wave… Alors ESG, c’est pareil… Enfin, c’est ESG quoi. Je sais pas, c’est juste super efficace, c’est juste trop beau, à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce truc-là aussi, c’est un truc tout con de disco : Christine. Je trouve qu’elle a un côté un peu punk dans son énergie. Peter Saville pour Section 25… Alors, pochette dégueulasse mais tellement cultissime, album tellement magique de Primal Scream… C’est classique, mais je le mixe, et y’a encore des gens qui me disent “mais c’est quoi ce truc, c’est quoi ce son ?” C’est cultissime ! Ca fait partie des sons novateurs de l’époque mais qui restent encore novateurs aujourd’hui, enfin pour moi c’est intemporel.

Clio et son disque de Guy Cuervas

Ce truc de Guy Cuevas sinon, ancien DJ du Palace, et ouais, c’est Jean-Paul Goude qui a fait la pochette. Ca, je trouve ça trop beau, et c’est un mec lituanien, enfin un mec qui vit en Lituanie, Patricia Kokett, et j’ai découvert ça cet été, je trouve ça trop beau, et le son, c’est un peu trance, assez froid aussi, électronique… Bon, Massive… Massive Attack. Mais bon, moi j’aimerais avoir la pochette où y’a juste marqué “Massive”, parce que quand c’est sorti, y’avait une censure, ils avaient pas le droit de mettre “Attack” parce que c’était la guerre du Golfe. Donc ça, je trouve ça intéressant. Bon ça, ce vinyle de Tav Falco, je le trouve trop mignon, surtout le macaron, avec la panthère argentée sur fond rose, un peu distordue… C’est trop beau ! Black Devil Disco… Alors la pochette est à la fois horrible, et en même temps, c’est tellement symptomatique de… C’est un gros parti pris quoi ! Ca fait un peu gros club échangiste de beaufs, haha. Tu vois ce que je veux dire ? 

Quel est le style le plus présent dans ta discothèque ? Quel est ton disque préféré, celui que tu sauverai en cas d’incendie ?

En style, je sais pas, j’ai aussi bien du disco, que de la soul, du punk, de la new wave, du post-punk, du funk, de l’afro, que de la trance, de la house, du garage rock, de l’électro, du classique… Je vais avoir de la musique brésilienne, de la musique des années 50, du jungle exotica…Un peu de hip hop, du reggae… Donc j’ai pas de style en particulier, mais plutôt plein de styles. Et sinon, mon disque préféré… Je t’ai sorti quelques skeuds que j’aime bien, particulièrement chers à mon coeur. Je ne sais pas pourquoi, y’a des tracks comme ça qui te suivront toute ta vie. Statue, c’est un groupe de Melbourne je crois, un truc d’électro-tribal qui m’a mis une claque y’a quelques années. C’est pas du tout connu mais pffff ! C’est de la grosse balle. Ils ont sorti d’autres choses depuis mais j’avoue que j’ai même pas écouté, je suis restée qué-blo sur celui-là ! J’ai aussi ce skeud de Bernardino Femminielli qui sonne très “Melody Nelson”, très cul, très romantique, avec de la grosse perdition dans les drogues. Personnage hyper fascinant ! Cet album, ça a été une claque ! Pareil, il a sorti d’autres trucs mais j’ai pas trop écouté. En fait, même si un artiste me plaît de ouf, je me laisse le temps, je me dis que je découvrirai le reste quand je l’aurai décidé.

Clio et son disque de Bernardino Femminielli

Donc pour te répondre, en cas d’incendie, je ne pourrais pas dire “je prends tel disque” parce que déjà, le temps que je le retrouve, j’aurai déjà cramé, haha ! En plus, je préfère parfois ne pas faire de choix que d’en faire un, parce que si tu fais un choix, tu peux encore te dire “putain, j’aurai du prendre autre chose” haha. Mais par contre, j’ai souvent une valise de disques qui est dans mon entrée, près de la porte parce que j’ai mixé, donc je pense que je ne réfléchirai pas en cas d’incendie, et que je prendrais ma valise ! Mais franchement, je crois que je ne pourrais vraiment pas choisir un seul disque. Alors je prends ce qui est sauvable.

Oui, tu n’as pas spécialement de “boulimie” où tu as envie de connaître tout d’un artiste de A à Z ?

Je m’en bats les steaks complet, haha ! Je m’en fous de connaître toute l’histoire de la musique, je connais des choses et on m’apprend des choses, et j’adore ça ! Mais alors le côté “moi je sais tout” ou “tu connais pas ça ?”… C’est nul de jouer à ce jeu là, n’importe qui peut sortir à quelqu’un quelque chose qu’il ne connaît pas. Ca n’a aucun sens ! Autant je sais que je peux avoir une culture de trucs super pointus, et de trucs plus classiques aussi, mais il y’a aussi des classiques que je ne connais pas du tout, et des trucs pointus aussi, et ça ne me pose pas de problème. Peut-être que ça fera partie de ma culture demain… Ce qui fait qu’un morceau est bon, c’est le rapport que tu as avec, ce qu’il te procure en toi, c’est pas que les autres l’aiment ou que ce soit un classique, ou que ce soit un truc mega rare. Non ! Je ne me revendique pas du tout diggeuse, mais clairement, dans le milieu du dig, les mecs sont tout le temps en train de chercher la pépite, le truc qu’ils vont trouver avant les autres… Du coup, la démarche musicale devient reliée à ton égo, et je trouve ça dommage. Chez moi, ça peut paraître kitsch, mais c’est relié à mon coeur, à ce que ça me fait et aux surprises de la vie, même si c’est un peu fataliste comme discours. C’est pas du tout “je veux avoir la meilleure collection, il me faut ci, il me faut ça”. Si tu crois qu’il te faut un truc, c’est que tu passes à côté d’une partie de toi-même. Enfin, c’est un autre débat, un peu plus ésotérique, haha.

Clio et ses disques de Black Spuma et de Statue

Bon, et y’a aussi ce disque, dont j’adore la pochette : Black Spuma. Et ça c’est pareil, je m’en remets pas. Truc électro avec une grosse ligne de basse, petite touche d’acid, efficacité redoutable ! Le Tigre sinon, “Feminist Sweeptakes”, ça c’est juste toute mon adolescence.

Clio et son disque des Slits

Celui-là des Slits sinon, qui me tient particulièrement à coeur, avec la reprise de Marvin Gaye “I heard it through the grapevine”. Les Slits, c’est typiquement ce que j’aime à fond, elles brisent les codes, elles brisent les genres, elles reprennent du Marvin Gaye alors que personne ne s’attend à ce qu’elles le fassent, et en plus, elles te sortent une version qui déboîte sa race.

Clio et son disque de Rim & Kasa

Ca c’est vraiment un truc dont je suis fan sinon, c’est un groupe qui s’appelle Rim and Kasa, et le morceau s’appelle “Love me for real”. C’est une track de disco-funk qui est oufissime ! Je crois que le disque coûtait 350$ à un moment sur Discogs, et ils l’ont réédité, et évidemment je l’ai chopé. Mais ça reste une de mes tracks préférées ! Et enfin, les 2 autres, c’est la B.O du film “Z”. Moi, je suis à moitié grecque, et du coup, ça me parle particulièrement. C’est un film sur la dictature des colonels, et la musique est de Míkis Theodorákis. Et il me semble si je ne dis pas de conneries, qu’à l’époque, Mikis était en taule. Et l’autre skeud, un classique de chez classique, Jefferson Airplane, que j’avais chopé à Athènes en pressage grec.

Les disques grecs de CLio

Et sinon, ça, c’est 3 disques de musique grecque que j’avais chopés à Emmaüs, à Notre-Dame-de-Bondeville. Donc 3 skeuds de musique grecque des années 60-70, donc je suis fan. C’est du rebetiko, avec du buzuki qui est une guitare à 12 cordes. Y’a un côté arabisant un peu, aussi. Je mixe ça avec de la musique turque des années 70 !

Le vinyle de Susan Cadogan

Ca sinon, c’est une grosse track chanmé de ouf, “Do it, Baby” de Suzan Codogan, sauf que j’ai toujours envie de dire “Suzan Catogan” haha.

Et sinon, ça, qui est de la surf grecque, chanmé. Y’avait une grosse culture rock en Grèce dans les années 60-70. Et puis c’est un peuple de fêtards ! Y’a un côté très “cigale”, ils ont tout le temps besoin d’être dehors. Et les 2 derniers, c’est Marvin Gaye, “Got to give it up”, un immense classique dont je suis fan, et ça c’est un morceau mega kitsch de Full Moon Passion avec une pochette, franchement, aujourd’hui ça sortirait, ça le ferait pas du tout je crois ! Le nom de la track c’est “Needle in the Groove”, et les mecs ont du se dire que c’était pas assez clair, donc ils ont rajouté un bras de platine dans la chatte de la meuf ! Parce que c’est bien connu, nous, on adore se branler avec des bras de skeud, haha ! Mais on ne peut pas toutes le faire parce qu’on n’a pas toutes des platines à la maison, hahaha. Et enfin, le dernier, c’est un petit coffret des Damned avec tous les 45, que j’aime bien aussi, même si c’est plus classique.  

vinyle de Needle in the Groove

Un concept de disque que tu as trouvé ridicule ? Et au contraire génial ?

J’en connais pas trop, en fait. Et vu comme je cherche pas trop…. Après, je pense qu’il y’a des trucs très bien mais je suis pas au courant. Donc j’ai pas d’avis dessus, j’ai pas été confrontée à ça.

Comment est-ce que tu ranges tes disques. As-tu un rangement particulier ?

Par genres, enfin j’essaye ! Parce que j’en sors tout le temps pour aller mixer, souvent une fois par semaine ou deux, et que du coup je passe ma vie à sortir et à ranger des disques ! Je pense que si c’était compilé en jours à la fin de ma vie, ça serait énorme ! Que ce soit chez moi quand je mixe toute seule, que j’enregistre un mix ou qu’il y’a des potes, quand je sors pour aller mixer… C’est plus commode de classer par genres. J’ai aussi des cases où quand je sais que je vais aller mixer dans des lieux un peu rock, soul, machin, j’ai des trucs déjà préparés. Là par exemple, j’ai les trucs récents et cool que j’ai envie de mixer, là les trucs plus weirdos, les trucs électro, là les trucs un peu cosmic, italo, new beat, les sons froids… Là, tout ce qui est disco… Là, la trance, house, là c’est que de l’afro… Là j’ai les trucs de musiques brésiliennes, de surf, les compiles Las Vegas Grind… J’ai pas mal de soul aussi par-là, de la funk, des trucs genre Sly & the Family Stone et Curtis Mayfield, toutes les B.O. de films de blaxsploitation… Et après, c’est tout ce qui va être mods, garage, garage actuel, rock actuel…

Les disques vinyles de Clio

L'autre meuble à disques vinyles de Clio

Tu as un rangement hyper personnel ! Il n’y a que toi qui peux retrouver les disques dans ta collection.

Ouais, haha.

Comment est-ce que tu te renseignes sur les sorties ? Est-ce que tu planifies tes achats de disques ? Qu’est-ce qui motive un achat de disque chez toi ?

Alors les sorties, je ne regarde pas du tout. Par contre souvent, je vais chez Bigwax, qui est un disquaire à Couronnes, et je sais que s’il y’a des sorties cool au moment où j’y suis, il va me les montrer. Donc c’est un peu comme ça que je peux me retrouver avec des sorties super fraîches, même si c’est pas moi qui vais forcément les chercher. Et je suis bien contente qu’il me propose des trucs chanmé ! 

Ce qui va motiver l’achat d’un disque chez moi, c’est que c’est une grosse balle, que c’est chanmé. En gros, t’as toujours ta liste dans ta tête, qui parfois se réduit un peu parce que tu as acheté 2-3 disques qui sont dessus, mais comme tu découvres des choses entre temps, tu les rajoutes à ta liste. Donc, t’as ton espèce de liste comme ça, qui flotte, et de temps en temps, t’es pris d’une furie et tu fais “putain, je vais sur Discogs, et j’achète telle réf., telle réf., telle réf., tant pis, et bam !” Je me fais des coups de sang comme ça sur Discogs de temps à autre, et environ une fois tous les 2 mois, je vais chez Bigwax. Je regarde ce qu’il y’a dans tous les bacs, puis ce que Dave me propose, et j’écoute du son pendant 4 heures comme une autiste, genre j’y reste toute l’aprèm. Et en général, j’y claque pas mal de thunes !

Justement, c’est quoi les thunes que tu claques dans les disques, tu as un budget mensuel ?

Moi, j’ai des revenus fluctuants, donc le budget, j’en ai pas. C’est ce que je trouve qui va le déterminer. Ce qui fait que généralement, c’est toujours un peu plus que ce que j’avais prévu de dépenser ! En gros, je vais aller sur Discogs et chez Bigwax quand je sais que je peux me le permettre, que j’ai environ une centaine de balles à claquer. Mais souvent, je vais claquer 100 balles ou 200 balles d’un coup, ou bien je ne claque rien du tout ! Y’a des gens qui passent chez les disquaires toutes les semaines, mais j’aime pas trop faire ça, car après tu te retrouves avec plein de petits trucs. Quand tu vas chez le disquaire et que tu prends le temps d’écouter énormément de choses et de faire ton choix, ça te permet de nuancer. Plus tu as d’éléments, plus ceux que tu vas mettre en “numéro 1” vont être une évidence, plus ça va être facile. Sinon, c’est comme si tu allais dans une boutique de fringues et tu n’achetais juste un pull parce que tu le trouvais bien, mais, tu reviens un autre jour et tu vois qu’il y’a plein d’autres trucs chanmé et comparé à tout ça, le pull que tu as acheté la dernière fois était pas si top que ça. En tout cas, je ne vais chercher des disques que quand j’ai des thunes. Je préfère ne rien écouter que d’écouter des trucs que je ne peux pas acheter. C’est de la torture ! C’est tout ou rien, j’ai un comportement assez extrême pour ça. Je préfère attendre quelques mois et claquer une centaine de balles.

Clio en train de mettre de la musique

Le rapport disque/live, tu l’appréhendes comment ? Tu attends quelque chose de différent de la part du groupe que tu vois en live ? Ou au contraire, de similaire ?

Je faisais beaucoup beaucoup de concerts avant, mais j’y suis beaucoup moins maintenant, parce que je sors vachement voir les potes qui mixent, ou bien je mixe. Je fais beaucoup plus de clubs, chose que je ne faisais pas avant. Quand t’es plus jeune et que t’es en concert, c’est vrai que quand t’adores un morceau, tu as envie de l’entendre comme il est sur le disque, parce que ça te fait un truc ! Mais je sais que je pouvais être facilement déçue. Avec les années, je trouve que moins tu as d’attentes pour quoi que ce soit, moins tu as de chances d’être déçu. Plus tu es ouvert, plus tu saisis tous les trucs spontanés, parce que ton oreille est ouverte et que ça te procure plus de choses. Le dernier concert que j’ai fait, ça devait être the Make Up, et c’était juste pffff… Enorme ! Le chanteur est ouf. Un autre concert qui m’avait marquée aussi, c’était les Brian Jonestown Massacre il y’a plusieurs années, ça avait duré des heures et c’est parti en noise à la fin, c’était ouf ! Donc ouais, je m’attends à tout, je m’attends à rien… Et c’est ça qui est cool.

Clio et son vinyle sur les scorpions

Soit tu te conformes à l’idée que tu as des choses, et tu crois que c’est rassurant ou satisfaisant… Mais finalement, c’est une démarche qui est profondément frustrante. Soit, si tu t’attends à rien, tu prends le truc et tu peux d’autant plus avoir. Il faut apprendre à être spectateur juste comme ça, sans jugement, histoire de bien ressentir ce que ça te fait. Après, je pense que c’est aussi ma façon de vivre et ma manière de voir les choses, j’aime bien avoir ce recul là, et me concentrer sur le ressenti que ça me fait à l’intérieur. En tout cas, si tu ne proposes pas quelque chose qui est différent de ce qui existe déjà et de ce que tout le monde attend, les gens n’évolueront pas eux-mêmes dans ce qu’ils écoutent.

Il y’a vraiment deux catégories de personnes : celles qui ont besoin d’être rassurées quand elles vont voir un concert, qui ont besoin que ça ressemble à l’idée qu’elles se font du groupe ou de l’artiste, et les autres, qui au contraire, préfèrent écouter et voir quelque chose de plus spontané.  

C’est exactement ça, je pense que ça reflète des insécurités profondes en fait, un besoin d’être rassuré, et on ne peut vraiment pas leur en vouloir. Y’a ceux qui veulent écouter la musique qu’ils connaissent, et les autres, qui se laissent porter. Et pour moi, c’est vraiment une chance d’avoir quelqu’un qui va te proposer des choses que tu ne connais pas encore.

Clio en train de mettre de la musique

C’est quoi les meilleurs disquaires de ta ville, et dans le reste du monde ?

Donc y’a Bigwax à Couronnes dont j’ai déjà parlé. Y’a DDD aussi, mais je n’y suis encore jamais allée et on ne m’en dit que du bien ! En tout cas, pour les gens qui ne savent pas précisément ce qu’ils veulent écouter, les vendeurs chez Bigwax sont hyper gentils, serviables, et en même temps, ils ne te collent pas au cul. Donc, j’invite les gens qui ne les connaissent pas déjà à y aller car ils sont de très bons conseils ! Dans le reste du monde, je dirai Unknown Pleasures à Edimbourg en Ecosse, Honest Jon’s Records à Portobello à Londres, et La Fin du Vinyle à Montréal.

Si je te dis “Home is where the record player is” : es-tu d’accord ?

Ouais, grave ! Déjà, je suis mega casanière, ce qui est drôle car finalement, je sors vachement pour les mix. Mais parfois, j’ai juste la flemme de sortir de chez moi. En plus, y’a le fait que j’enregistre beaucoup de mix ici, donc pour moi, c’est un espace créatif. Je passe mon temps à écouter des disques ici, à étaler des skeuds partout… Parce que je ne suis pas super précautionneuse avec mes skeuds, en fait ! Je suis pas du tout maniaque, et puis, de toute façon, je les transporte tout le temps dans ma valise. Et puis, tu sais que c’est un truc périssable, que ta pochette elle va finir mega flinguée. Pour moi, tous les objets et tout ce qui existe et est matérialisé a une date de construction et une date de destruction. Elle n’est pas forcément déterminée, mais à partir du moment où le truc existe, il peut être cramé. D’ailleurs, le seul truc que je crains, c’est les incendies. Quand je pars de chez moi, je coupe toutes mes multiprises, haha ! Autrement, j’avais lu cette phrase une fois : “ce que l’on possède nous possède à son tour”. Et parfois, même si j’aimerais bien partir quelques mois à l’étranger, je me dis “oh mais, mes vinyles, ils vont me manquer !” haha. C’est hyper matérialiste, les vinyles !

Clio en train de ranger ses vinyles

C’est quoi tes platines ?

J’ai des Technics MK2 1200 depuis que j’ai 17 ans. Je les ai achetées carrément pas cher, puisque c’était y’a une dizaine d’années en province. Et j’en suis bien contente ! J’avais hésité avec des Numark, mais je me suis renseignée sur AudioFanzine et j’ai vu que les Technics, tu pouvais les revendre le même prix, donc je m’étais qu’au moins, je ne perdrai pas de thunes. Mais tu parles, au final, je ne les revendrai jamais, haha ! Mais au moins, pour les Technics, tu peux trouver les pièces pour que dalle si jamais elle couille. Donc j’ai opté pour ça et je ne le regrette pas du tout.

La platine Technics MK2 1200 de Clio

Ta particularité par rapport aux autres personnes que j’ai interviewées, c’est que toi, tu as donc 2 platines, tu as ta mixette, et tu as en quelque sorte recréé ta plateforme pour pouvoir faire des DJ sets, mais chez toi !

C’est ça ! Sauf que chez moi, le public c’est que mes coussins, haha. Après, c’est quand même méga pratique pour préparer les mix, tester les trucs que j’ai envie de mettre. Même si je prépare assez peu mes mix au final, parce que je ne sais jamais sur qui je vais tomber et que j’ai pas envie de rester dans un mood auquel les gens ne seront pas forcément réceptifs.

On a déjà un peu abordé le sujet tout à l’heure, mais comment tu te positionnes par rapport à tout l’aspect “spéculation sur Ebay/Discogs” ?

Je sais qu’il y’a des skeuds, je les achète parce que je sais qu’après, ils vont être trop cher. Tu vois, le Black Spuma, je ne l’ai pas acheté tout de suite et après sur Discogs il est monté à 38 balles. Et au final, il a baissé à 17€. Les mecs sur Discogs, ils font un peu leur loi, c’est le Far West ! S’ils sont les seuls à avoir un truc, ils vont le mettre à 50 balles. Après, j’ai des skeuds qui prennent de la valeur, comme mon disque de Tav Falco par exemple, ou mes 45 tours des Dogs. Je sais que j’ai déjà checké par curiosité et qu’il y’en a un qui est à 290 balles ! Pour moi, si une track se met à coûter 50 balles, c’est que tu l’as découverte trop tard. Après, rien ne t’empêche de l’acheter si tu as les thunes et que tu l’aimes vraiment. Tu vois, le “Love Me for Real”, j’aurai été capable, pour l’avoir en pressage original, de dépenser pas mal de thunes… Après, pas au delà de 50 balles. Mais en même temps, je n’ai jamais trop fait ça : je crois que le plus cher que j’ai payé pour un 45 tours, c’est 21€.

C’est quoi pour toi la meilleure façon d’écouter un disque ?

Je dirai, la sienne ! Pour moi, je sais pas… Je suis une grande grande rêveuse et la musique a toujours fait partie de ma vie, j’adore rêver en musique. J’écoute de la musique et je vois des images, je raconte des histoires dans ma tête, des histoires qui se sont passées, ou qui vont se passer, ou qui se passeront jamais, ou qui sont tout simplement irréalisables. C’est vraiment un fil conducteur, un support à mon imagination. J’adore me perdre dans les méandres de mon esprit sur de la musique. Ca c’est quand je suis en solitaire. Quand tu es avec quelqu’un, une amie, ou dans un moment particulier de ta vie, la musique te marque. Une chanson peut devenir emblématique de telle période, de telle chose. T’as des chansons où il s’est passé tel truc avec telle personne, et c’est ce qui fait qu’une chanson peut devenir encore plus magique qu’elle ne l’était. Après, comme je ne crois pas au hasard, pour moi, c’est que ça devait se faire comme ça et que la chanson est porteuse de quelque chose. Je n’ai pas de meilleure façon d’écouter un skeud, mais par contre, j’invite vraiment les gens à écouter à leur façon, à découvrir leur façon d’écouter la musique. Et pour moi, la meilleure façon, c’est justement de respecter son atypisme, sa différence.

Clio en train de ranger ses disques

Quelque chose à rajouter ?

Je voulais juste revenir là-dessus car on l’a juste évoqué, et que c’est assez important dans mon rapport à la musique… Pour moi, la musique, c’est une vibration. Ecouter de la musique, ça me fait du bien. Il y’a des tracks, quand je les écoute, ça me fait monter en vibration, comme quand certaines personnes feraient de la méditation. Et ça peut aussi bien me le faire avec des choses qui sont violentes, comme du punk, parce qu’il y’a cet aspect cathartique. Pour moi, concevoir la musique comme une vibration, c’est une évidence. C’est pas juste de l’égo, de l’image, de l’esthétique, c’est juste de la ressentir. Qu’elle soit douce ou obscure, dans tous les cas, elle fait du bien, parce que soit, elle est cathartique, soit elle te fait monter. Je ne me voyais pas ne pas en parler car c’est la base pour moi, même si c’est hyper personnel. Il y’a le côté énergétique de mon job et le côté vibratoire de la musique, et pour moi, c’est pareil, ce sont des échanges de flux et je trouve ça ouf l’effet que ça a sur moi et l’effet que ça peut donner aussi aux autres. Et le fait de partager ça, que ce soit en mix devant des gens ou que ce soit en faisant des mixtapes, c’est hyper intéressant parce que ça crée des liens. Toi, tu passes ton temps à faire des liens vibratoirement entre les morceaux, à concevoir un élément global sonore, qui va générer d’autres vibrations, qui vont avoir des répercussions, et ainsi de suite, et ça, je l’avoue, ça me fait kiffer.

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Vous pouvez suivre l’actualité de Clio sur ses réseaux sociaux (Facebook & Instagram) pour vous tenir au courant de ses prochains mix, et surtout, rendez-vous sur son MixCloud pour écouter toutes ses mixtapes thématiques ! 

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