Gautier, coursier à vélo, 40 ans, Paris

« Autant crever l’abcès tout de suite. J’en ai un peu plus rien à foutre des disques… Argh, mais alors qu’est que je fous à répondre à ce blog ? Nan mais en fait, ça n’a pas toujours été le cas et je peux raconter le pourquoi de cette l’évolution. »

Gautier devant sa collection de disques

Quel a été ton premier contact avec un disque ? Et ton tout premier disque acheté ? Est-ce que tu l’as toujours ?

Mes parents n’étaient pas trop musique. À la maison, il devait y avoir une compile de Brel et une de Brassens, et la B.O. de Délivrance (ça devait être un cadeau). Y avait surtout un paquet de Rondo Veneziano. Je sais pas si les gens connaissent, c’était un groupe italien des années 80 qui faisait une sorte de classique variétoche avec boîte à rythme. Un mélange entre les compiles synthétiseurs et André Rieu. L’esthétique était immonde avec des gondoles, des masques vénitiens, le tout mixé avec les débuts de l’informatique. C’était immonde mais j’aimais bien parce que le matin de Noël, quand mes parents mettaient un Rondo Veneziano, c’était le signal pour aller ouvrir les cadeaux…
Donc, la musique c’était pas trop ça, mais par contre ma mère instit’ avait un paquet de disques pour enfants et ceux-là, je les adorais. Des livres-disques de Robin des Bois, Rox et Rouky, Le livre de la jungle… Mon préféré c’était Davy Crockett. Il était relié avec des spirales, je trouvais ça génial.
Mais mon influence principale reste Henri Dès. Mon goût de la mélodie sucrée vient de là, pas de doute. D’ailleurs je passais souvent les 33 en 45 tours et du Henri Dès rapide c’est pas très éloigné de Bad Religion.
Les premiers disques que je me suis achetés devaient être un 45 tours de Phil Collins et une K7 de Dire Straits. Mais bon c’était avant Nirvana, alors ça compte pas vraiment. Pis bon, j’ai eu 13 ans, j’ai découvert Nevermind et hop c’était parti. Ah ! Anecdote ! Je m’étais inscrit au Club Dial (si vous avez connu les journaux de programmes télé des années 90, vous connaissez le Club Dial). Et là, méga promo, genre 5 albums pour le prix d’un ! Ni une ni deux, je choppe Bleach, Nevermind et In utero. Le premier RATM (que j’ai écouté deux fois par jour pendant 2 ans, aller/retour du collège). Il reste donc un disque à choisir et j’hésite : Live at Donnington d’AC/DC ou Blood Sugar Sex Magic des Red Hot. Je suis faible, je trouve qu’Under the bridge est le plus beau slow de la terre dans les boums de Karine Chalot et puis AC/DC, ils sont vieux. Résultat, j’ai jamais pu écouter ce disque en entier (putain mais les disques de 74 min, avec des morceaux de 6 min, non mais), je l’ai revendu à un vide grenier…
J’ai toujours les Nirvana et le RATM, et les Henri Dès et les Disney sont, peut-être, chez ma mère.

Quel est ton support physique préféré et pourquoi ? Est-ce que tu achètes d’autres supports ?

Autant crever l’abcès tout de suite. J’en ai un peu plus rien à foutre des disques… Argh, mais alors qu’est que je fous à répondre à ce blog ? Nan mais en fait, ça n’a pas toujours été le cas et je peux raconter le pourquoi de cette l’évolution.
J’suis né à la musique avec le CD. Pendant toute mon adolescence, le but était de faire grandir ma collection. Avec l’argent du ménage hebdomadaire, je pouvais en gros m’acheter 2 disques par mois. C’était une quête de tous les instants, fallait pas se tromper. Quoique si, à l’époque on pouvait se tromper car, avant le cdr, y avait pas de souci pour échanger les disques. Souvent j’achetais un disque à la Fnac le midi, le copiait sur K7 et allais le rendre le soir en disant « j’ai pas aimé », c’était pratique. Ah ! Autre anecdote (désolé, je me repends, c’est le confinement). Un jour, j’achète « Access only » de NRA. Patrick TAD Foulhoux dit que c’est vachement bien dans Rock Sound, je lui fais confiance. Mais quand même, c’est même pas des ricains… Je me dis que celui-là il sera très bien sur une K7. Le CD coute 95 francs (c’est Alzheimer ça, je me souviens de ce détail mais pas de ce que j’ai mangé ce midi), avec les 5 francs qu’il reste, je m’achète un Banco. Et bim, Banco, je gagne 100 francs. Une de mes plus belles journées de collégien ! Et un disque que j’adore encore.
Donc ma collec grandit, les discographies de mes groupes préférés se complètent. J’ai converti quelques potes au collège, on met en commun, on se fait des cassettes. Une copine de ma sœur va aux États-Unis, elle lui ramène un 501 et à moi des disques d’Epitaph et « Red medecine » de Fugazi (ça change, mais c’est bien). Bref là, je suis fan de l’objet, je passe des heures dans les livrets, les paroles, les photos, les remerciements. C’est le seul lien avec les groupes, y a pas encore Internet.

la collection de CD punk rock de Gautier

Puis un jour, y a Internet. Et c’est fou ce truc ! Non mais, Soulseek, là je peux tout avoir ! En plus t’es plus vieux, t’as un peu avancé dans l’histoire du rock, tu trouves plus que la prod d’Hüsker dü est bizarre ou que les Buzzcocks c’est trop vieux. Du coup, j’ai tout eu ! Télécharger des dizaines d’albums par jour, faire des petits dossiers sur ton pc, bien tout classer… c’est du boulot.
Mais ça a aussi changé mon rapport à la musique. T’as pas le temps d’écouter tout ce que tu télécharges, si t’accroches pas direct tu laisses vite tomber. Là où avant il pouvait m’arriver de me forcer pour essayer d’apprécier un disque, je me suis mis à écouter des trucs beaucoup plus immédiats et pop. Avant je pouvais fantasmer sur un groupe de HxC du Manitoba parce qu’il y avait une photo cool dans un fanzine, mais à partir du moment où tu peux télécharger sa discographie, ça perd un peu son charme.

J’achetais encore des albums (toujours des cd) mais surtout pour le plaisir de la quête. Je passais vachement de temps à chercher des albums d’occasion, à Gibert, Boulinier, Jussieu music, Gilda… Le résultat n’était pas toujours foufou, mais quand je tombais sur une perle, un truc inattendu, j’étais bien content. Et là encore Internet a tué le game. J’ai bossé un an derrière un ordi, je me faisais pas mal chier et j’ai découvert que sur Amazon, les cd de mon adolescence coûtaient entre 0,5 et 1,99 $, y en avait pour plus cher de frais de port. Cette année-là, j’ai commandé des disques tous les jours. Selon leur provenance, ils arrivaient plus ou moins vite et ça me faisait des surprises dans ma boîte aux lettres. Ah oui, j’avais commandé ça y a longtemps ! C’était cool et c’est ainsi que j’ai pu me faire ma discothèque idéale des 90’s.

Avec tout ça, le vinyle n’a jamais pris sur moi. J’ai retapé une vieille platine le jour où mon groupe de l’époque a sorti un 33 tours. J’aurais trouvé ça bête de ne pas pouvoir l’écouter… Mais au final, j’ai beaucoup plus usé la version cd-r (désolé Eric et Julie…). J’ai des vinyls de cette époque, les groupes avec lesquels on jouait, quelques emplettes à Amoeba ou Raspoutine quand on était en tournée sur la côte ouest, mais c’est tout.
Je crois que mon objectif était de constituer une collection d’une époque, mon adolescence. La refaire en vinyle ne m’intéressait pas. Au même titre, j’écoute de la musique des années 60 ou 70, mais je n’ai pas les disques, j’en ressens pas le besoin, c’est pas mon époque, je me sentirais pas légitime.

La collection Britney en CD de Gautier

Marrant ton anecdote des CD sur Amazon, figure-toi que j’ai eu exactement la même période… Tu écoutes aussi du digital ?

Du coup, oui, principalement. Je suis toujours sur Soulseek. J’suis trop vieux pour le streaming, j’aime « avoir » les mp3s. Si je me retrouve devant une barre de recherche, ça me fait paniquer et je sais jamais quoi taper. Je préfère faire défiler mes petits dossiers et me dire « ah ouais tiens, c’est bien ça ».
J’utilise aussi Bandcamp, pour les jeunes groupes dont Eric (Bitpart) me parle. Mais si j’accroche je chope les mp3s parce que le streaming sur appli, ca bug tout le temps.

Es-tu sensible aux formats en édition limitée ou collector ? Et est-ce que tu y accordes de l’importance au point de pouvoir acheter un disque collector sans pour autant être super fan de l’artiste ?

Bon bah là, par exemple, pas du tout. Je dois juste avoir les versions Deluxe, genre double cd avec B-sides et un gros livret du « Blue Album » de Weezer et du « Live at Leeds » des Who. Deux super albums cela dit, mais rien de rare ou de collector.

Parlons un peu de compiles maintenant. Est-ce que tu en as et est-ce que tu aimes ça ?

Les compiles, ca me ramène à tous les samplers des labels des années 90. C’était vachement pratique et malin. C’est comme ça que je faisais mon marché, j’aime bien ce groupe, ce qu’il dégage, alors que lui là, non franchement pas. Forcément, y avait les compils Epitaph et Fat wreck mais aussi les compiles Lookout ou Revelation, de la pop, surf, hxc ou emo.
Ensuite, en jouant dans un groupe, t’es entouré de compiles de scènes locales, plus ou moins lointaines. Ça m’a fait découvrir plein de trucs, mais ça reste un moyen d’accès. S’il y a dessus un groupe que j’aime bien, je chercherai l’album. J’aime bien la cohérence d’un album.

Est-ce que tu fais attention à l’artwork des disques ? Est-ce que c’est quelque chose d’important pour toi ? C’est quoi tes pochettes préférées ?

Si j’aime un groupe, généralement j’aime la pochette, c’est un ensemble. Je me dis que s’ils ont fait ça c’est qu’ils aimaient bien. Exception qui confirme la règle : the Beths, j’adore ce groupe, mais la pochette de « Future me hates me » est pas jojo, je trouve.
Si je devais donner une pochette préférée, je dirais « All hands on the bad one » de Sleater Kinney. « The Hot Rock » est sûrement l’album que je préfère, mais du coup celui d’après, je l’ai attendu pendant deux ans. À sa sortie je me suis plongé dans le livret, les paroles imprimées sur les photos que je connais par cœur. Les images se mêlent aux paroles, aux chansons, ça crée une ambiance dans laquelle je replonge à chaque fois que je l’ouvre. La photo sur scène de la quatrième de couv, j’ai tellement « vécu » dedans que j’ai l’impression que j’étais à ce concert.

Quelques disques de Gautier

Mais ça me fait ce genre de souvenirs pour beaucoup de disques de mon adolescence. Je tiens à noter que j’aime ma vie d’aujourd’hui, beaucoup. Et la musique me rend encore très souvent heureux. Mais bon, mon rapport à l’objet disque c’était plus à l’adolescence. S’immerger dans une pochette était la seule chose qui te reliait au groupe. Anecdote ! J’ai lu la bio de Nofx, que j’ai trouvée super intéressante et drôle. Ça a été un groupe sacrement important pour moi à l’époque. En le lisant j’ai appris des tas de trucs mais bizarrement, y avait aussi des trucs que tu pouvais pressentir juste à la lecture des pochettes. Sur « Ribbed », avant El Hefe, y avait un guitariste avec des plans assez métal, tu sentais que le mec fittait pas trop dans le groupe. Dans les remerciements, en toute fin ils avaient mis : « and Steve would like to thank god ». Dans le livre, un chapitre raconte comment ça n’a jamais marché entre eux, mais juste la lecture du livret te donnait déjà un indice.

Bon et puis aujourd’hui le monde du disque n’est plus le même. Y a moins d’argent qu’à l’heure du rock indé des années 90/00, le cd est has been. Mais j’avoue que quand j’achète un digipack et qu’il y a pas de livret dedans, pas de paroles, pas de photos, c’est un peu triste.

Ça pourrait t’arriver d’acheter un disque ou une cassette d’un groupe ou artiste que tu n’aimes pas spécialement, juste pour l’artwork ou l’objet ?

Non du coup, l’idée c’est quand même que la musique me plaise. Pour les coups de cœur graphiques, j’achète des BD.

Y’a-t-il un style de musique prédominant dans ta discothèque ?

Punk/hardcore/indie-rock/pop 90/2000. Ce qui pouvait être chroniqué dans Kérosène, Kill What? ou Rad Party à la fin des nineties.

Encore plus de CDs de Gautier (punk hardcore)

Celui que tu sauves en cas d’incendie ou d’inondation ?

Un disque dur, ou juste une carte SD et un téléphone.

Comment ranges-tu tes disques ?

Euh, les disques d’un même artiste sont les uns à coté des autres… normalement. Et, ils sont en gros répartis par genre, par famille, période (là y a Dischord, là y a SST…) Puis sur le devant, y a un tas de ce que j’ai écouté récemment. Bref, c’est pas très carré, mais ça va je m’y retrouve en général. Et si c’est pas le cas, ça me permet de fouiller un peu longtemps et de ressortir des trucs que je ne cherchais pas.

Les CDs de Gautier

Comment est-ce que tu te renseignes sur les sorties ? Est-ce que tu planifies tes achats ? Qu’est-ce qui va motiver l’achat d’un disque chez toi ?

Je suis un peu lent, je me repose pas mal sur les tops de fin d’années des gens ou des blogs. J’écoute, je vois ce que j’aime. Du coup j’ai souvent six mois de retard, mais je le vis bien. Sinon pour découvrir des groupes, j’aime beaucoup les sessions radio filmées, genre kexp ou kutx. Je trouve que ça a un coté vachement direct pour juger d’un groupe. C’est sobre, ça sonne bien. Y a presque un coté tuto musical : « ah ouais, il joue ça comme ça ». Quand j’ai découvert the Beths sur Kexp, j’ai sauté dans ma cuisine pendant des semaines sur cette vidéo !
Pour les achats c’est principalement en concert. Pour ça, c’est pratique Paris. C’est ma façon, bien modeste, de contribuer aux groupes, moi qui suis de la génération de l’Internet gratuit. Après c’est pas forcément le disque, ma collection de t-shirt de groupes (ou de chaussettes dernièrement) est bien remplie.

As-tu un budget mensuel ?

Non, j’suis pas un bon client. Même faire les boutiques d’occase ne m’intéresse plus. C’est con j’aimais bien ça, avant.

C’est quoi le plus d’argent que tu aies dépensé dans un disque ?

Rien de fou du coup. Ma copine a eu l’intégrale des Beatles à un anniversaire. Ça coûte bonbon, mais c’est super de se plonger dedans, z’ont une chouette discographie ce petit groupe !

C’est qui les meilleurs disquaires dans ta ville ? Ailleurs en France ? Dans le monde ?

Pareil, j’suis pas la bonne personne. À mon arrivée à Paris c’était le Silence de la rue. Ameoba à San Fransisco, ça fait rêver, forcément. Ah si, anecdote ! Ado, à Rouen, y avait un disquaire, le Mur du son, qu’était tenu par un vieux rockeur acariâtre (il devait avoir 30 ans et il était peut être sympa mais quand t’en a 15…). Je pense qu’il survivait chichement en vendant des live pirates de Nirvana. Un jour je vois un disque des Descendents, « Somery » la compile de leurs années sur SST. Jeune inculte que j’étais, je savais pas que ce groupe avait un passé. Je vais lui demander, la bouche en cœur : « Et il est bien ce disque ? » Il lève un sourcil et me dit : « Bah c’est du Descendents, quoi ». Je crois que c’est le seul échange qu’on ait jamais eu. Mais bon, il est vachement bien ce disque. « Silly girl, i’m in love with you ».

« Home is where the record player is », est-ce que ça te parle comme phrase ?

Ouais, après je pense que c’est quand même dans la rue que j’écoute le plus de musique. Sur mon vélo, toute la journée. Du coup, c’est sûr qu’entre un bus et un taxi, je me fous un peu de la qualité d’encodage de mon mp3 ou du souffle incomparable du vinyle.

Parle-nous de ta platine : c’est quoi, et qu’est-ce qui tourne dessus ?

Euh, principalement de la poussière. La cellule ne marche plus et je crois que la courroie fait des siennes.

la platine de Gautier qui prend la poussière

Hahaha ! Et qu’est-ce que tu penses de tout ce qui est spéculation autour des disques, sur Discogs, sur Ebay…? 

J’ai jamais été sur ces sites.

C’est quoi pour toi la meilleure façon d’écouter un disque ?

J’aime beaucoup écouter un disque au casque très fort. Danser un peu bourré la nuit sans déranger personne. Et sinon, je le fais rarement, mais écouter un disque (toujours très fort) au volant d’une voiture, ou mieux, d’une camionnette sur des petites routes, c’est un gros kif.

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