Anne-Sophie et son vinyle concept "sounds of silence"

Anne-Sophie, illustratrice et musicienne (Saintes, Areva), 32 ans, Nantes – Saint Nazaire

« Je suis vachement en demande de découvrir des groupes étrangers, américains, polonais… Mais en fait, c’est devenu plus difficile maintenant, l’info est plus dure à avoir. Ou alors je suis une grosse quiche et je me débrouille mal, haha… Mais je crois que c’est aussi la façon dont c’est fait, avec tous ces sites d’infos qui disent la même chose, balancent les mêmes trucs… J’arrête pas de me dire “putain, à tel endroit, y’a sûrement une putain de scène, mais on est trop naze et on passe totalement à côté du truc”. »

Ton premier contact avec un disque ? Le tout premier disque que tu as acheté ? Tu l’as toujours ?

Quand j’étais petite, mes parents écoutaient vaguement de la musique… C’était la génération baby boomers, ma mère, c’était France Inter en boucle du soir au matin, et mon père, c’était plutôt Brassens, Brel, Férré…Il aimait bien les poètes, les chansons à textes, les chants de marins, des trucs comme ça. On écoutait souvent ça dans la voiture, sur l’autoradio de la R19, quand on allait en vacances chez ma grand-mère. C’étaient des moments que j’aimais bien quand j’étais petite… On s’arrêtait souvent à Rennes, sur la route de la Bretagne, et mes frangins allaient acheter des cassettes pas chères, genre “Strange Days” des Doors. Ca m’a laissé un souvenir particulier car j’ai tout de suite adhéré à la musique. Après, on allait chez ma grand-mère, et chez elle, il y avait tous les vieux disques de famille qui étaient là, ceux qui appartenaient à ma mère, mon oncle… Ils avaient une collection incroyable de Marie Laforêt ! Et je l’ai récupérée ici, j’en ai hérité haha. Y’avait aussi du Line Renaud, du bal musette… Avec ma cousine, on faisait un peu la “fête des enfants” dans le salon pendant que les adultes dînaient. On rigolait, on écoutait plein de musique ! Ce que j’aimais bien surtout, c’est qu’on écoutait des trucs de manière un peu ironique, et je crois que c’est un truc qui m’est resté après… Je me rappelle aussi d’un flash, la première fois que j’ai écouté “Satisfaction” des Rolling Stones. Le vinyle, j’ai même réussi à le récupérer ! Je me souviens, je le mettais tout le temps et je me mettais à danser.

Disques vinyles de Nina Hagen et des Rolling Stones "satisfaction" d'Anne Sophie

Mes frères récupéraient pas mal de cassettes de leurs potes, ils échangeaient beaucoup. Ils écoutaient les Cure, Gainsbourg, Zappa… Vraiment plein de trucs comme ça. Puis un jour, mes frangins sont partis avec leurs cassettes et ça a été le drame, haha ! Mais c’est le moment où j’ai commencé à me faire mes propres goûts musicaux. En 6ème-5ème, j’ai commencé à écouter les trucs à la radio et mes frères sont repassés chez moi et m’ont dit “mais pourquoi t’écoutes de la musique commerciale ? Pourquoi t’écoutes les Spice Girls ?” Et ils m’ont repassé des cassettes, haha ! Mais quand même, la radio à l’époque, c’était pas mal, y’avait vraiment des bons trucs qui passaient. Plus tard, en 4ème-3ème, je suis allée à Biarritz avec mes parents, et comme ils étaient cool, ils me laissaient des quartiers libres l’après-midi. Y’avait un disquaire qui était fou, dans une petite ruelle, et il avait plein de punk ! Evidemment, je ne pouvais pas tout acheter, mais j’ai quand même chopé ce disque de Nina Hagen, “African Reggae”. J’avais envie d’écouter ça, du punk, et en plus fait par une fille ! J’avais peut-être envie de m’identifier. L’année suivante, quand on est revenus, j’ai chopé Siouxsie and the Banshees, le live du Nocturne. En fait, je me rends compte que c’était très compliqué d’avoir accès à la musique en ayant grandi à la campagne : y’avait pas de disquaires, pas de médiathèque, en gros, fallait se démerder ! Genre un jour, je me suis fait un Best Of de Madonna avec tous les morceaux qui pouvaient passer à la radio… C’était coupé et super mal enregistré, haha.

Quel support physique préfères-tu et pourquoi ? Quels sont les autres supports que tu achètes ? Est-ce que tu achètes aussi du digital ?

Je crois que c’est les cassettes : ça coûte pas cher, c’est léger, ça se range mieux… Quoique sur mes deux bacs à cassettes, y’en a quand même un qui est plus en bordel que l’autre… Après, niveau son, c’est vrai que c’est pas aussi bien qu’un vinyle. J’aime aussi beaucoup les vinyles, à une époque, j’ai acheté beaucoup de LPs. Mais après, c’est moins facile que les cassettes. Déjà, je trouve qu’il y’a un truc de classement, les LPs, tu ne peux pas tous bien les voir et tu oublies totalement ceux que tu as, n’as pas… Du coup, voilà, j’ai un tas de LPs ! Je trouve qu’il y’a aussi un côté infini avec les LPs, t’en as jamais assez, t’as envie d’en avoir toujours plus. Alors que les cassettes, je sais pas, c’est des petits artefacts tous mignons. J’aime bien aussi les mp3, je crache pas dessus. Et enfin, un format auquel on ne pense pas forcément, c’est la radio, que ce soit les radios locales ou les radios internet. En fait, pour moi, le support n’a pas vraiment d’importance, si ce n’est que j’aime quand même bien le fait qu’il y ait un artwork ou que ce soit un objet. Mais au final, tant que tu as le morceau et que tu peux l’écouter quand tu veux, c’est déjà cool ! Par exemple je pense aux catalogues de Gunilla Mixtapes ou de Rosa Vertov. Je suis déjà très contente de pouvoir découvrir certains morceaux en mp3, parce qu’en fait, sans ces mixtapes, je ne l’aurai pas découvert. En plus, je pourrais certainements pas m’acheter le disque parce c’est souvent des trucs introuvables !

la collection de cassettes K7 d'Anne Sophie, dans des boîtes sur le sol

Donc j’en déduis que tu aimes les compiles ! En as-tu ? Montre-nous.

Ouais ! Alors qu’est-ce que j’ai en compile ? Pas mal de trucs… J’ai des compiles en vinyle qui sont assez chouettes : “Construction Souterraine” qui est un projet qui avait été fait sur la scène de Metz, avec son packaging assez beau, j’ai aussi la compile “Stuffs” avec plein de groupes de garage, qui m’a fait découvrir plein de trucs… Y’a l’inévitable compile “Pillows & Prayers”, avec des groupes indés, un peu de folk… J’aime bien ce disque parce que c’est un fragment d’une scène et d’une époque. Après, en cassette, j’ai pas mal de compiles aussi. Déjà, les deux compiles qu’on a fait avec mon ancien collectif, les Weirdettes. Après, j’ai quelques compiles qui datent de 2010-2012, à l’époque des concerts à la Cantine de Belleville…Y’a aussi cette compile que j’aime beaucoup, Bruitisme, un collectif qui organise des soirées de 24h de musique noise expérimentale. Celle-là, je crois que c’est un Bruitisme qui a eu lieu à Grenoble ou quelque part par là…

Quelques compiles cassettes K7 de la collection d'Anne-Sophie

J’ai aussi cette compile géniale, Pollution Capitale, achetée une fois dans une distro dans un concert de punk. Il y’a vraiment plein de groupes dessus : Youth Avoiders, Trashley, Jessica 93, Abject Object, Bitpart… Et franchement, j’adore la pochette. Je crois que niveau packaging de compile-cassette, c’est la meilleure celle-là ! Ce graphisme hyper simple mais hyper punk, en mode photocopie pliée… Ouais, j’adore les cassettes avec des packagings comme ça.

Gif de la compile Pollution Capitale, cassette, artwork par Naga

Je pense aussi à Erika de Gone With The Weed qui propose toujours des packagings qui tuent. Sinon, j’ai déjà chopé dans un Emmaüs cet objet génial : une compile faite par un mec pour sa nana, genre mixtape d’amour, avec que des groupes cool, années 80. Le genre de trucs que t’as un peu le coeur brisé de voir à Emmaüs… Tu sentais que le mec avait vraiment fait un effort ! J’ai aussi quelques splits en cassette, genre Bitpart/Blanche Beach… Et les compiles/mixtapes que je me faisais moi-même… Genre la cassette dont je parlais avec Madonna, puis un reportage de France Inter sur les années 70… Et cette super compile “Something to remember my summertime” qui date de mes années collège ! Avec Ska-P sur une face et Pulp sur l’autre… Haha ! Ca me rappelle aussi une autre cassette que j’avais faite, avec les Addicts et direct Georges Brassens qui enchaîne ! Parce que bon, t’es à la campagne, tu sais jamais sur quoi tu vas tomber, alors tu prends tout ce qui est bien ! Et voilà, une petite compilation qui passe du coq à l’âne ! 

les cassettes compiles d'Anne-Sophie, dans son adolescence

Y’a aussi cette compile de Noël qui avait été faite par Cyprien et la clique des Catholic Spray, et qui est vraiment bien : avec J.C. Satan, Sida, Johnny Boy, Scorpion Violente, Beat Mark, Aqua Nebula Oscillator, Crash Normal, The Dreams… Je me rappelle qu’elle avait été faite à l’arrache, ils avaient pris des bouts de magazines pour faire les pochettes. C’est assez mignon !

Compile cassette Catholic Spray Xmas - Cantine de Belleville - anne-Sophie

Tu es sensible aux “éditions limitées” et collectors ? Pourquoi ?

Ca dépend. Si c’est une compilation de tous les 45 tours des Kinks vendue chez Gibert Joseph pour 150 balles en vinyles, c’est débile et c’est juste un truc pour faire du fric. Mais par contre, quand y’a des copains ou des copines qui se font chier à faire un truc avec de la sérigraphie, etc, c’est différent. Par exemple, je pense à un groupe d’expérimental de Nantes qui s’appelle Cheval Rétréci, qui avait demandé à une artiste – Makiko Furuichi – de faire 100 pochettes différentes. Ou alors, les packagings des cassettes que je t’ai montré avant, c’est plutôt collector aussi au final ! Quand les gens s’amusent à faire un truc et que, oui, c’est collector parce que y’en a pas beaucoup et que c’est fait à la main, j’adore. Mais en dehors de ça, je trouve ça débile. C’est comme les picture discs, à un moment, on ne voyait que ça, des rééditions visant les fans absolus, genre les fans de Mylène Farmer ! Pour moi, c’est vraiment un pousse-consommation et ça n’a aucun intérêt.

Ca pourrait t’arriver d’acheter un disque ou une cassette d’un groupe ou artiste que tu n’aimes pas spécialement, juste pour l’artwork ou l’objet ?

Oui, ça m’est arrivé parfois. Genre avec des groupes locaux, parce que la pochette est cool et pour encourager. Ou sinon, des craquages, genre je tombe sur un truc et je l’achète parce que la pochette est cool, et en fait je l’écoute et ouch, c’est pas du tout mon style… Mais c’était surtout quand j’étais ado que je me faisais appâter par la pochette. C’est d’ailleurs un peu l’erreur de débutant quand tu commences à chercher des disques un peu partout… Je me rappelle d’un truc que j’avais acheté comme ça, c’est Hong Kong Syndikat, la pochette est magnifique avec une typo bleue sur fond rouge, un peu minimale. Et en fait, j’ai écouté et j’aime pas du tout ! A l’inverse, pour moi, un packaging moche peut être rebutant. Ca m’est déjà arrivé de voir des trucs que j’aime bien musicalement, mais avec des vilains artworks et du coup, ça me donne pas envie d’acheter. Après, je suis chiante et je bosse dans l’image… Mais c’est dommage, je trouve que ça dessert vraiment certains groupes !

C’est marrant mais à l’inverse, je trouve que parfois, une pochette moche, dégueulasse, ça peut aussi apporter quelque chose. Je trouve ça limite attendrissant ! Ca t’amène vraiment à te questionner, genre “mais pourquoi ils ont choisi cet artwork pourri ?” Je me dis qu’il peut y avoir un vrai propos derrière…

Oui, aussi c’est vrai. Et puis c’est aussi toute la question de la subjectivité du beau, qu’est-ce que le beau, qu’est-ce que la laideur… Et puis quelque chose qui va être laid à un moment donné peut aussi se bonifier, devenir quelque chose d’esthétique plus tard, ou devenir totalement décalé.

Artwork d'une compile CD d'Anne-Sophie, zine musical

Selon toi, quel est le style le plus présent dans ta discothèque ?

Je pense que c’est surtout des groupes locaux et des groupes actuels, surtout dans mes cassettes. Ca va aller du punk, au grindcore, en passant par de la folk… Vraiment, toute la scène DIY. Au delà de la musique, c’est aussi toute une éthique… Je vais à des concerts et j’achète pour soutenir les groupes. En revanche, question vinyles, j’ai beaucoup plus de vieux trucs. Yéyé, années 60, pop française… C’est surtout des disques que j’ai trouvé dans des vide-greniers. Ou des trucs style punk à synthé de l’époque, comme Jacno… Ou comme La Souris Déglinguée… On m’a offert récemment un disque d’un groupe qui s’appelle les Lords, de 1979-80. Comme tu le vois, ils ont des jolis looks de mods, ils s’appellent Raymond, Richard et Laurent – des prénoms très français ! – et c’étaient des mecs de Caen. Ca sonne très punk français, à la the Dogs.

Quel est ton disque préféré ou ta cassette préférée, celui ou celle que tu sauverai en cas d’incendie ?

En fait, je suis contente de tous les avoir parce que c’est une histoire. Par exemple, je vais souvent en acheter en distro de concert, et du coup, ça va me rappeler une soirée… J’ai aussi quelques cadeaux de potes auxquels je tiens. Mais après, je sais que c’est un peu débile de penser comme ça, vu que je peux avoir les morceaux en mp3 ou les écouter sur Internet. C’est comme tous ces petits bouts de papier et ces flyers que tu stockes, et que tu regardes juste à chaque déménagement… Mais t’es quand même content de les avoir près de toi, de les montrer à des potes parfois… Bref, c’est une question super difficile pour moi. Je serai incapable de choisir et de garder une seule cassette ou un seul disque. Je crois que ce serait ou tout, ou peut-être rien, haha.

Un concept de disque que tu as trouvé ridicule ? Et au contraire génial ?

Un truc génial que j’avais trouvé, c’est un groupe de hardcore féministe de Sao Polo avec des textes très engagés, qui avait sorti ce truc-là : un petit tote bag avec le vinyle dedans. Avec les petits ciseaux, qui te renvoient à plein de choses : la couture, mais aussi l’émasculation. J’aime beaucoup cet objet, je le trouve joli, et en plus, y’a les petites photocopies avec des photos d’elles. J’aime bien quand on voit la tête des gens sur les pochettes ! Je trouve cet objet rigolo, on peut vraiment faire un truc super chouette avec très peu de moyens.

Gif d'Anne Sophie avec son tote bag et vinyle du groupe féministe de Sao Polo

Anne-Sophie et son vinyle du groupe féministe de Sao Polo

Y’a aussi ce gros classique des Dead Kennedys que je suis contente d’avoir – bon évidemment c’est une réédition – avec son petit sachet plastique, le petit brassard… J’adore vraiment, c’est super beau.

Le disque "Nazi Punk fuck off" des Dead Kennedys, vinyle + brassard collectors

Ca aussi, c’est génial, c’est même complètement débile. En fait, c’est Patrice Caillet qui a travaillé avec le Frac de Franche-Comté, le disque s’appelle “Sounds of Silence” et la pochette est bien une parodie de Simon & Garfunkel. Dans sa démarche artistique, Il part du principe que grâce au silence qui précède certains morceaux, tu vas reconnaître le morceau ! Que ce silence est matériel et qu’en fait, c’est justement lui qui est un lien entre les morceaux. C’est ce qui fait ce souffle particulier. Et donc, il a répertorié plein de silences au début et entre les morceaux dans divers albums, donc des secondes, en fait. Et dedans, tu retrouves Ciccone Youth, le side project de Sonic Youth, Crass, le disque de silence de Barclay, John Lennon et Yoko Ono… Des “morceaux” de 2 secondes, une seconde. Il fait référence à John Cage forcément et à ses expérimentations… Je l’avais chopé chez Yvon Lambert, une librairie-galerie dans le Marais qui était plutôt pas mal, où ils avaient plein d’objets d’artistes, quelques fanzines et beaucoup de livres sur l’art. J’étais tombée sur ce disque complètement par hasard et je me suis dit “mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?” et quand j’ai lu les explications, je me suis dit “mais il me le faut !” C’est vraiment le disque le plus débile que j’ai. En tant que concept-album, en prenant le terme de conceptualisation comme quand on le ramène à l’art, je trouve que lui, c’était vraiment le plus représentatif. 

Anne-Sophie qui arbore fièrement son vinyle-concept de Sounds of Silence

Dans l’atelier dans lequel je suis à Saint-Nazaire, il y’a un des artistes qui s’appelle Kevin Cardesa qui fait de l’art sonore et numérique. Lui, il a une démarche où il ne veut pas être enregistré, parce que selon lui, l’oeuvre doit exister sur le moment. Il bosse sur des installations, installations qui peuvent être à base de néons ou d’une structure particulière qui produit un son. Donc lui, il dit qu’il faut être dans la pièce au moment-même pour pouvoir écouter tout ça, et ça ne l’intéresse pas d’enregistrer. Voilà, dans la conceptualisation de la musique, tu as aussi tous ces artistes sonores. C’est une manière différente de penser la musique, par un biais de recherche artistique, qui va diverger de la personne qui monte un groupe de musique engagée par exemple, avec des paroles, où là le but va être plus dans la communication d’une idée que dans le concept.

Avec le concept, il y’a peut-être aussi l’idée de matérialiser quelque chose au-delà de la musique.

Ouais, c’est à ça que je pensais. Aussi, quand on parle de musique, on parle toujours de supports : mp3, disques, cassettes… Mais on oublie aussi un truc, c’est que la musique, elle peut aussi passer par un livre ! Dans “Haute fidélité” (ndlr : de Nick Hornby) qui est un bouquin un peu populaire, y’a un passage où le mec est un peu déprimé et où t’as ses potes de boulot qui mettent “I’m walking on sunshine” de Katrina & the Waves pour lui remonter le moral. Et lui il fait “mais arrêtez, arrêtez, s’il vous plaît” ! Et là, c’est obligé, si tu connais la chanson, tu l’as dans la tête ! Je pense aussi à “Cinq Nazes” de Pouy, où c’est que des gens paumés, et t’as une des nanas qui va à un concert de Patti Smith. Évidemment, tout de suite, t’entends Patti Smith dans ta tête ! Dans un style encore plus immatériel, c’est “le coeur est un chasseur solitaire” de Carson McCullers, où Mick va écouter de la musique dans des halls d’immeuble, aux fenêtres des maisons. En fait, on ne sait pas vraiment ce que c’est comme musique, on sait juste que c’est de la musique classique, mais chacun a sa version ! D’ailleurs, puisque t’aimes bien ce livre, pour toi, elle écoute quoi comme musique ?

Effectivement, c’est un de mes bouquins préférés de tous les temps… C’est marrant parce que j’ai beau savoir que c’est de la musique classique qu’elle écoute un peu partout, mais pourtant dans ma tête, elle écoute du jazz haha…

Mais ouais, tu vois, c’est ça qui est marrant !

Tellement ! Et dans beaucoup de ses oeuvres, il y’a toujours toute cette réflexion autour des sens, l’ouïe, la vue… C’est fascinant je trouve.

Oui ! D’autant que ce bouquin devait s’appeler “Le muet” à la base. Mais y’a vraiment ce truc-là avec la musique, où tu te l’imagines, t’as pas besoin d’un support en fait. Je pense aussi à Nine Antico, qui dans toutes ses séries de BD, va citer des chansons. Ca peut être du Goldman, parce qu’elle est petite et que ça passe à la radio, ou des groupes plus indés, parce qu’elle dit qu’elle va peut-être aller au Zorba faire une after… Et pareil, tu regardes l’image, et ça y’est, t’as la chanson en tête, t’es dans l’ambiance.  

Est-ce que tu as un rangement particulier pour tes disques et tes cassettes ?

Je sais pas trop, ça dépend des moments. J’aimerais bien avoir une grande étagère pour pouvoir tout mettre, les vinyles, les cassettes, tout ça, mais bon de toute façon, j’ai pas les moyens, haha. Là, les cassettes sont en vrac ou dans des boîtes à chaussures, et faudrait peut-être que j’en récupère une autre.

Le rangement des cassettes et vinyles d'Anne-Sophie, avec son meuble Ikea rouge

Je trouve que les 45 tours, c’est toujours une plaie à ranger. C’est vraiment pour ça que je préfère les cassettes, outre le fait que c’est plus modique et que le format me plaît. Tu les mets dans un bac compartimenté, et bam ! Le seul problème des cassettes, c’est que tu peux vite les mélanger sans faire gaffe. Tu vas reconnaître en écoutant, c’est vrai, mais quand c’est de la musique expérimentale et que la cassette tu l’as écoutée 2 fois et que t’as tout mélangé, t’es dans la merde ! Les vinyles, c’est galère à ranger, ça prend un peu la poussière, tu dois faire gaffe à ce que ça ne soit pas trop humide… Puis même, pour les classer ! En fait, je les classe un peu par association d’idées, donc y’a pas d’ordre alphabétique. Par exemple, je vais les mettre par périodes historiques. Y’a un rayon plutôt français, années 50-60, le même version anglophone, et après ça va être les années 80, tout ce qui est punk ou synthé genre Jacno, Lio… Et après, les trucs récents où je mélange tout. De toute façon, au final, ça se dérange tout le temps, par exemple si t’as des potes qui passent et qui veulent écouter un disque. C’est dur si à chaque fois, tu dois te faire chier à tout re-ranger. Quand les gens sont méticuleux, ils doivent être fous à essayer de retrouver l’emplacement exact ! Et encore plus quand c’est dans des étagères toutes serrées.

La collection de vinyles d'Anne-Sophie, un peu étalée partout sur le sol

Comment est-ce que tu te renseignes sur les sorties ? Est-ce que tu planifies tes achats de disques ?

Non, je suis un peu à l’ouest sur tout ce qui est sorties, etc. En fait, heureusement que mes potes me rappellent des trucs ! Après, quand y’a des concerts, je vais choper des trucs et puis y’a le bouche-à-oreille, c’est un peu comme ça que je vais entendre parler des trucs. Après, sur Facebook aussi. Ca me fait chier d’être sur Facebook mais c’est aussi une des raisons pour lesquelles je le coupe pas, parce qu’ils sont malins ! C’est grâce à ça que je peux savoir ce qui se passe. Quand y’a un projet qui se monte, tu peux le savoir avant même qu’ils aient commencé à jouer ! Et c’est cool aussi pour savoir ce qui se fait dans les autres villes. C’est vrai que je me rappelle quand j’étais plus jeune, à la grande époque indie-rock, j’avais des potes qui me disaient “ah ouais, y’a tel album qui va sortir à telle date”. Ils avaient hâte de pouvoir le choper, ils allaient à Rennes Musique exprès le jour de la sortie pour pouvoir l’écouter… Maintenant, avec Internet, on est vachement dans l’immédiateté, on apprend limite les trucs le jour-même je trouve. Avec les médias type Noisey, the Drone, etc, même si je vais pas forcément les lire, je vais toujours avoir des potes qui vont les reposter sur leur mur donc l’info, même si tu t’en fous et si tu la cherches pas, tu l’as. C’est le principe d’automatisation de la société en fait ! L’être humain dessine un monde où il est feignant et a toutes les infos. T’es assisté, au final ! C’est dommage, car du coup c’est plus difficile de découvrir des groupes obscurs. Y’avait un truc que je kiffais à l’époque, c’était MySpace. Sur MySpace, t’aimais un groupe, par exemple, anglais, scène un peu post-punk, et en fait, dans leur top friends, y’avait tous leurs potes, dont t’allais écouter les groupes, cracker les mp3… Et tu pouvais récupérer une pochette sur le net, une photo du groupe, et tu mettais ça sur ton ordi… Je me rappelle qu’avec mes potes, on s’échangeait des clés usb avec plus de 100 groupes ! Je trouve que c’est vraiment à cette époque de MySpace que tout le monde était le plus au taquet. Maintenant, t’as plus ce truc-là j’ai l’impression, on est en train de s’isoler. Même sur les concerts, y’a moins d’échanges qu’avant. Je suis vachement en demande de découvrir des groupes étrangers, américains, polonais… Mais en fait, c’est devenu plus difficile maintenant, l’info est plus dure à avoir. Ou alors je suis une grosse quiche et je me débrouille mal, haha… Mais je crois que c’est aussi la façon dont c’est fait, avec tous ces sites d’infos qui disent la même chose, balancent les mêmes trucs… J’arrête pas de me dire “putain, à tel endroit, y’a sûrement une putain de scène, mais on est trop naze et on passe totalement à côté du truc”. Après, le fait de faire de la musique et de jouer avec plusieurs projets, ça me permet aussi de connaître des musiciens, de les rencontrer…

Est-ce que tu as un budget mensuel pour tes achats de musique ?

Bah, déjà, j’ai pas trop de sous et en fait, non, j’ai pas de budget pour ça. Quand j’étais plus jeune, à l’époque où je me tapais les tournées des disquaires etc, ouais, je pouvais dépenser pas mal de sous là-dedans. Mais bon, c’était aussi l’époque où tu t’en foutais de bouffer des pâtes ! Maintenant, ça va dépendre du nombre de concerts, de groupes que je vais voir… Je sais pas, c’est au feeling. Par contre, c’est vrai que je ne peux pas m’acheter des gros trucs et que j’achète pas sur Discogs, par exemple.

Petit étalage de cassettes d'Anne-Sophie, expérimental

Alors cette question va probablement te parler vu que tu es musicienne : qu’est-ce que tu penses du décalage entre le groupe que tu vas voir en live et le support que tu vas écouter chez toi ?

Plus jeune, quand j’allais à un concert, j’aimais bien que ça ressemble à la cassette. Et maintenant, j’écoute des projets plus expérimentaux, voire même improvisés, donc c’est différent. Je pense à Mamiedaragon, où c’est Thomas qui bricole tout seul dans son coin, et après, quand ils sont en live, ils jouent avec lui. Et je joue dans Areva, qui à la base est le projet de Jeanne, qui enregistre beaucoup chez elle, et pareil, après, on le joue ensemble en live. Donc forcément, c’est assez différent en live. C’est vrai qu’à force de voir de plus en plus de musiques improvisées, tu t’attends pas à ce que ça ressemble aux disques. Et puis, t’as aussi les groupes avec des grosses discographies donc tu sais jamais ce qu’ils vont te jouer en live. Je crois que c’est Wolf Eyes, ils font jamais 2 fois le même concert. Parfois ils vont faire un set un peu psyché, d’autres fois plus vénère… Maintenant, quand un groupe live est trop ressemblant à ce qu’il sort, ça me fait chier. J’aime bien voir de l’accident. Si c’est pour faire une sorte de copié-collé, ça ne m’intéresse pas… Alors qu’avant, j’aimais bien quand c’était pareil. En fait, quand t’es plus jeune, t’as envie d’entendre le tube comme quand tu l’entends à la radio !

Selon toi, quels sont les meilleurs disquaires à Nantes, et ailleurs ?

Je fais pas trop les disquaires en fait… Déjà, pour des raisons de thunes. Je sais qu’il y’a Melomane, tout le monde m’en dit du bien. Après, y’a tout un coin avec des bouquinistes près de l’Eglise Sainte-Croix à Nantes, avec des vinyles, mais j’habite pas en centre ville, donc j’ai jamais le temps d’y aller. Sinon, je vais vraiment beaucoup dans les vide-greniers. Ou dans les distros ! Limite je pourrais te dire “les meilleures distros de France” ! Par exemple, Claire et Romain de Me Donner, qui ont vraiment beaucoup de trucs parce qu’ils tournent beaucoup… La dernière fois, je leur ai chopé la toute première cassette de Taulard pour l’offrir à mon copain, j’étais trop contente ! Au Blockhaus aussi, y’a une bonne distro, avec pas mal de vinyles. Ils font des événements tous les vendredis, c’est plutôt musique expérimentale mais y’a un peu de pop aussi parfois. J’y ai déjà chopé des trucs, genre de la noise brutale.

Les derniers achats en cassettes d'Anne-Sophie

Après, une des raisons aussi pourquoi je vais pas trop chez les disquaires, c’est que c’est comme d’aller dans un magasin de guitare pour acheter des cordes. Genre quand tu vas chez Michenaud pour acheter des cordes et qu’ils ne sont pas du tout girl friendly ! Les mecs sont juste outrés parce que tu es une fille, que tu achètes des cordes pour ta Jazzmaster et pas pour une guitare folk. Putain mais pareil, on est en 2018 et t’as des disquaires, ils te regardent et te disent genre “mais t’es venue pour acheter un disque pour ton amoureux ?” Ils vont te regarder, te tester…Alors c’est dommage, mais du coup, j’ai même plus envie d’y foutre les pieds parce que ouais, c’est misogyne !
Sauf les mecs comme Seb de Rockin’Bones à Rennes, qui est hyper chouette en plus d’être un très bon disquaire. Il est très rock’n’roll, garage, country… Mais quand il connaît les goûts de ses clients, il te dit “tiens, essaye ça”. Par exemple, il avait bien capté que j’aime bien les groupes de filles, et donc une fois, il m’a dit “tiens, y’a un groupe de filles, the Continental Co-ets, faut que t’écoutes”, et en fait, c’est trop bien, trop cool ! Après y’a Lolipop à Marseille que j’avais bien aimé parce qu’ils avaient plein de trucs de punk à pas cher, Total Heaven à Bordeaux qui est plutôt chouette… En plus, graphiquement, l’endroit est beau. Après, j’étais très fan de Bimbo Tower. Parfois, j’y passais des après-midis à regarder tous les disques un à un ! Je crois que c’était vraiment le meilleur disquaire de Paris, hyper sympa, et aussi très bien niveau prix.
Sinon, dans mon top des disquaires connards, y’a Crocodisc à Paris. Un jour, j’y vais, je commence à choper plein de trucs et je les écoute, et finalement je n’en achète que quelques uns. Il me dit “c’est pas une médiathèque, ici !” Et aussi, à chaque fois que j’y suis allée, il servait les mecs avant moi…

La phrase “Home is where the record player is” : est-ce que ça te parle ?

Pour moi, la musique, c’est plus associé à la route !  Après, c’est vrai que tu bases toutes tes recherches là-dessus, le rapport au domicile, et qu’en effet c’est cool de pouvoir écouter des disques chez soi. Mais vraiment, la musique, c’est un truc de route. Je trouvais ça génial, quand j’étais au collège, au lycée, et qu’il fallait prendre le bus et que c’était horrible parce que ça durait une heure, mais que j’avais mes compiles cassettes pour me sauver ! Tu devrais vraiment faire une version “sur la route” de ton blog, spéciale vacances, haha. Genre “qu’est ce que t’écoutes dans ta bagnole ?” C’est marrant, j’étais partie en tournée avec une copine qui elle, ne voulait écouter que sa musique dans la voiture, parce qu’elle était souvent en mega gueule de bois et qu’elle avait besoin d’écouter un truc qu’elle connaissait par coeur, parce que ça lui faisait du bien ! En même temps, je comprends qu’elle avait pas envie d’écouter mes compiles avec sa gueule de bois, parce que c’est sûr que j’aurais mis un truc giga chelou que personne n’avait envie d’écouter, haha ! Mes playlists où je passe d’Iron Maiden à Merzbow, puis à de la pop sixties ! Bref, c’est vraiment trop cool d’écouter de la musique quand tu pars en bagnole. Tu peux te mettre Nostalgie à fond, écouter Dire Straits… 

Le petit coin atelier de dessin et de peinture d'Anne-Sophie, et son coin disques

A la maison, c’est vrai que c’est bien, parce que t’as ta collection. Chez moi, c’est aussi lié à ma pratique de l’art : je suis illustratrice et dans mon activité, la musique tient une place assez importante. Par exemple, quand je suis à mon atelier et que je me mets à dessiner, je sais que je suis partie pour tout un après-midi voire toute une nuit parfois. Et dans ces moments, je me dis que c’est cool, que je vais pouvoir écouter tous ces groupes, tous ces artistes que j’ai vu traîner sur Facebook, et dont j’ai entendu parler. Parallèlement, dans ma pratique du dessin, j’aime bien aussi mettre des références musicales : dessiner un poster d’un groupe actuel que j’aime bien ou un t-shirt sur un de mes personnages… Quand j’étais en école d’art, j’écoutais à fond les compiles de post-punk Rough Trade 1 et 2, avec genre Delta 5, Kleenex/Liliput, et maintenant, je sais que quand j’ai une expo à préparer, vu que c’est la musique que j’écoutais à l’époque, je remets ça et c’est magique ! Ca me met dans une ambiance studieuse et je dessine à donf ! A la maison, quand je suis toute seule, j’ai tendance à écouter vachement de pop sixties, des trucs comme ça et puis quand les potes viennent, on écoute plus des groupes actuels. Mais après, je trouve qu’on est plutôt une génération qui bouge beaucoup… D’ailleurs maintenant, tu as des platines portatives que tu peux emporter partout !

Justement, tu veux en parler, de ta platine ?

C’est une platine qu’un de mes potes m’a prêtée, parce que les 33 tours ne passent plus sur la mienne, une vieille UFO… Faut que je la fasse réparer mais je ne trouve personne pour le faire. Appel à témoins ! Donc mon ami Magnus m’a prêté sa platine portative, et je vais la garder jusqu’au retour des beaux jours, comme ça, on se fera un pique-nique en musique. Je suis contente parce que du coup, je peux quand même écouter toute ma collec’ de disques.

La platine vinyle portative d'Anne-Sophie, une Numark qu'on lui a prêté, et son lecteur K7

T’as écouté quoi dernièrement d’ailleurs ?

J’écoute vachement les compiles Rosa Vertov. J’adore ce que font les filles de Rosa Vertov, parce qu’elles font un peu tout le défrichage et qu’elles sont vraiment motivées, je trouve ça chouette. Y’a des moments où quand je sais pas quoi faire, je vais sur leur site choper les mixtapes, et c’est vraiment une bonne base de recherche pour moi. Y’a aussi le site du mec duspectacle.com, ce mec doit avoir une database de mp3 de folie, il a tout ! C’est un vrai généraliste, il va te mettre tout et n’importe quoi et il te fait des compiles sur plein de thèmes : les années 60, les années 80, les musiques de films, des trucs débiles, des trucs plus sérieux… Mais il s’amuse bien, ça se sent. Donc quand je sais pas trop quoi écouter ou que j’ai envie de me faire des playlists pour partir en vacances, je picore pas mal ses mp3 ! Que ce soit Rosa Vertov ou Du Spectacle, ils font vraiment un boulot admirable je trouve. C’est un vrai taf d’archiviste, faut être motivé pour faire tout ça ! On a vraiment trop de chance de pouvoir bénéficier de tout ça.

C’est quoi pour toi la meilleure façon d’écouter de la musique ?

Toutes les occasions sont bonnes je pense, mais après, j’aime bien le trajet. Parce que le fait de faire beaucoup de trajets et d’avoir de la musique pour accompagner, c’est chouette. Ou alors pour faire le ménage, haha. Tu mets la musique à fond et tu fais le ménage !

Tu veux rajouter quelque chose ?

Y’a un peu tout ce discours autour de la hifi… Je sais pas, je peux vraiment me contenter d’une pauvre clé avec des mp3. Franchement, si j’ai que ça ou juste une radio, je m’en contente. Parce qu’au final, il faut bien être installé dans la vie pour avoir un vrai système son, c’est de l’investissement ! Donc voilà, j’arrive à me contenter de peu, voire pas du tout. Je rejoins Fanny dans son interview, quand elle dit qu’à certains moments, elle n’écoute pas du tout de musique. Moi y’a des moments où j’apprécie vraiment qu’il n’y ait pas un fond sonore, comme ce moment présent, où on est en train de parler. Mais y’a 20 ans, quand on était ado, c’était inimaginable ! Donc peut-être qu’avec le temps, tu commences à apprécier le silence et que parfois, tu oublies d’écouter de la musique.

***

Retrouvez Anne-Sophie au dévernissage de son expo le 7 avril 2018 au Bistrot de La cité à Rennes, puis en tournée avec ses projets Areva et Saintes jusqu’au 17 avril.

Elle sera également en exposition collective à la Lush Galerie à Nantes, vernissage prévu le vendredi 20 avril 2018.

Enfin, Anne-Sophie anime une émission sur www.radiody10.com qui s’appelle Copié / Collé et est diffusée tous les derniers vendredis du mois de 11h a 12h.

 

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