Sebastien Volume Brutal

Sébastien, trafiquant de rock (tenancier des labels Triumph Ov Death et La Fin du Monde) et ingénieur en développement, 42 ans, Avignon

« Je n’achète des disques que si la musique qu’ils contiennent me touche, c’est l’ivresse que je veux et pas le flacon, même s’il est beau ! »

Sebastien, namaste devant sa collection de disques

Quel a été ton premier contact avec un disque ? Et ton tout premier disque acheté ? Est-ce que tu l’as toujours ?

Tout jeune, j’ai eu la chance de partager ma chambre avec un frère de 5 ans mon aîné qui échangeait des disques avec ses potes, du coup je baignais constamment dans les morceaux de SCORPIONS, WASP, IRON MAIDEN ou encore TOKYO BLADE. Les premiers disques que j’ai pu m’acheter avec mon argent de poche étaient des 45 tours, il s’agit de « The Final countdown » de EUROPE et de « In the army now » de STATUS QUO, achetés en 1986, année de leur sortie. Je n’ai plus ces disques par contre j’ai gardé le 33 tours de TOKYO BLADE « Night of the Blade« , il a une énorme valeur sentimentale et c’est le disque que je trimballe depuis le plus longtemps. Pour moi c’est un disque qui a fait basculer ma vie d’amateur de musique.

Quel est ton support physique préféré et pourquoi ? Est-ce que tu achètes d’autres supports ?

Le vinyle reste incontestablement mon support de prédilection parce que j’ai grandi avec, tout comme la cassette, avant que le CD ne soit accessible au grand public. J’achète encore aujourd’hui tous ces formats et pire, j’en sors avec mon label !

Tu écoutes aussi du digital ?

Oui, j’ai récemment pris un abonnement Deezer Family car mes ados souhaitaient écouter du digital sans avoir à subir les pubs. C’est un bon complément du format physique, on peut découvrir de nouveaux artistes, se laisser porter par des playlists… Pour moi ça ne concurrence pas le format physique, ce sont deux usages distincts.

Es-tu sensible aux formats en édition limitée ou collector ? Et est-ce que tu y accordes de l’importance au point de pouvoir acheter un disque collector sans pour autant être super fan de l’artiste ?

Je fuis généralement ce type de sortie, même si j’apprécie les bonus tracks ou les documents visuels inédits. Je m’en tiens généralement aux originaux.
Je n’achète des disques que si la musique qu’ils contiennent me touche, c’est l’ivresse que je veux et pas le flacon, même s’il est beau !
Quelques disques de la collection de Sebastien

Parlons un peu de compiles maintenant. Est-ce que tu en as et est-ce que tu aimes ça ?

J’ai pas mal de compilations en LP et en CD et j’en ai sorti en CD également, je trouve que c’est un excellent moyen de découvrir des artistes. Adolescent, j’ai découvert des groupes incroyables sur des compilations. Aujourd’hui, j’ai encore des potes qui me font des compiles cassette, comme avant, et j’adore ça !

Est-ce que tu fais attention à l’artwork des disques ? Est-ce que c’est quelque chose d’important pour toi ? C’est quoi tes pochettes préférées ?

Un bon disque est un bon disque, mais un bon disque avec un artwork réussi devient un TRÈS bon disque. Quand j’étais gamin, je passais des heures à disséquer les pochettes d’IRON MAIDEN donc si je devais donner un album dont l’artwork m’a durablement marqué et continue de me marquer, je dirai « Somewhere in Time » d’IRON MAIDEN. Autrement je citerais « Fire of Unknown Origin » de BLUE OYSTER CULT ou « Technical Ecstasy » de BLACK SABBATH et plus généralement les pochettes de Hipgnosis, quelque soit le style de musique. En Metal, j’aime la sobriété des pochettes de WITCHCRAFT, je trouve celle de leur album « Nucleus » très élégante.
Sebastien et son disque de Pestilence

Ca pourrait t’arriver d’acheter un disque ou une cassette d’un groupe ou artiste que tu n’aimes pas spécialement, juste pour l’artwork ou l’objet ?

Plus jeune j’ai pu le faire, parce que quand tu rentrais chez un disquaire c’était les pochettes qui t’interpellaient, c’était le premier contact avec un artiste. Mais ça m’a très vite passé. C’était la roulette russe, parfois tu topais des bombes, d’autres fois tu ramenais d’affreuses merdes à la maison.

Celui que tu sauves en cas d’incendie ou d’inondation ?

Mon 33 tours de TOKYO BLADE pour les raisons données plus haut.

Comment ranges-tu tes disques ?

Par ordre alphabétique, tout simplement ! Ca donne des trucs rigolos, comme Bob Marley sandwiché entre MASSACRA et de MAGMA, ALPHA BLONDY après AGRESSOR…
Rangement des disques de Sebastien

Comment est-ce que tu te renseignes sur les sorties ? Est-ce que tu planifies tes achats ? Qu’est-ce qui va motiver l’achat d’un disque chez toi ?

Je suis les sorties sur les réseaux sociaux, je regarde énormément ce que mes potes écoutent. Je ne planifie rien du tout, je marche au coup de cœur à 100% ! Si j’accroche, j’achète !

As-tu un budget mensuel ?

Pas du tout, par exemple je n’ai rien acheté depuis au moins deux mois…

C’est quoi le plus d’argent que tu aies dépensé dans un disque ?

Voilà un an j’ai acheté le pressage original brésilien du « Schizophrenia » de SEPULTURA à 100 €. Je ne pensais jamais mettre autant dans un disque un jour mais ça fait 30 ans que je suis fanatique de cet album alors il méritait que j’y mette le prix ! D’ordinaire je me refuse à mettre plus de 30€ dans une rondelle !
Quelques disques de Sebastien

C’est qui les meilleurs disquaires dans ta ville ? Ailleurs en France ? Dans le monde ?

Sur Avignon, il y a « La Licorne » qui fait de la BD mais aussi du vinyle, Patrice est méga cool et ses disques toujours nickels et abordables ! Ensuite il y a Jacques et « General Music » où on peut dénicher des trucs sympas de temps en temps. Autrement j’aime aller chez « Sabre Tooth » ou « Lollipop » à Marseille, « Danger House » et « Sofa » à Lyon et « Le Comptoir du disque » à Montpellier. Récemment je suis monté deux jours à Paris faire des raids chez les disquaires mais clairement ce n’est plus ce que c’était… Beaucoup trop de neuf et pas assez d’occase ! Quand je vais chez un disquaire, je veux pas voir des skeuds cellophanés… Y’en a plein les FNAC… Je veux des pressages d’époque !

« Home is where the record player is », est-ce que ça te parle comme phrase ?

Pour moi c’est une devise ! Ma platine trône dans le salon, en face du canapé. C’est mon lieu de vie principal et donc la musique, qui fait partie intégrante de ma vie depuis plus de 3 décennies, se doit d’y être représentée. Le meuble de la platine est un autel sur lequel je pratique quotidiennement des sacrifices vinyliques rituels !

Parle-nous de ta platine : c’est quoi, et qu’est-ce qui tourne dessus ?

C’est une Project d’entrée de gamme avec une cellule Ortofon. Je ne suis pas un geek du matos mais je voulais quelque chose de décent. Il y tourne beaucoup de Metal évidemment, mais aussi du Rock, du Reggae, de l’Electro, de la Pop… J’écoute tellement de styles différents qu’il est impossible que tu ne trouves rien qui te plaise dans ma discothèque !
La collection eclectique de disques de Sebastien

Qu’est-ce que tu penses de tout ce qui est spéculation autour des disques, sur Discogs, sur Ebay…? 

Je vends des disques, que ce soit mes productions ou mes propres LP donc je n’irai pas critiquer Discogs, que j’utilise beaucoup. Après, je suis nostalgique des disquaires, très jeune j’ai eu la chance de bosser de temps en temps chez un disquaire et c’était le paradis. Je suis resté un rat de bac à disques donc je trouve ça un peu triste de faire son marché en ligne depuis sa chaise de bureau, tout comme je trouve triste de branchouiller en ligne et plus dans des bars ou à des concerts.
C’est un outil pratique, mais les prix sont devenus n’importe quoi, les gens pensent que parce qu’un débile a mis un disque à 100€ c’est sa cote.
Un jour j’ai vu un gars fouiller un des bacs que je mets en festival et mater sur Discogs en même temps le prix des disques qu’il en sortait… J’ai trouvé ça inélégant et triste à la  fois… Pour ce qui est de la spéculation pour moi c’est l’antithèse de l’amour de la musique.
Seb et sa distro Volume Brutal

C’est quoi pour toi la meilleure façon d’écouter un disque ?

Chez moi, seul et à un volume brutal !

L’interview est maintenant finie ! Tu veux partager une dernière chose avec nous ?

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Ndlr : Si vous voulez suivre Sebastien sur les réseaux sociaux : ses labels Triumph ov Death et La Fin du Monde, et enfin, son asso qui fait aussi de la distro, Volume Brutal Association

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