Maïlys et sa collection de vinyles

Maïlys, Pharmacienne et batteuse de Rive Droite Country Club, 35 ans, Paris

« Quand j’ai aménagé avec mon mec, on a fusionné nos collections de disques, un engagement encore plus important que l’emménagement lui même ! Avec de grandes discussions sur les doublons qu’on avait, puisque pour une question de gain de place on a stocké les disques en double ailleurs que chez nous, et revendus certains (« mais est-ce que ton édition de « Pink Flag » est vraiment mieux que la mienne hein ? »). »

Maïlys devant sa collection de vinyles

Quel a été ton premier contact avec un disque ? Et ton tout premier disque acheté ? Est-ce que tu l’as toujours ?

Mes premiers contacts avec les disques, et avec la musique en général, ce fut grâce à mon père (qui est très fier de raconter régulièrement qu’il a acheté la première platine CD qui ait jamais existé). Il nous avait constitué notre première petite discothèque d’enfant, avec des vinyles d’Henri Dès et d’Anne Sylvestre. Et je me souviens également de mon premier gros choc musical, quand il écoutait très fort « Le bal des Lazes » de Michel Polnareff, et sa première phrase sinistre « je serais pendu demain matin ». Cette obsession pour Polnareff me poursuit encore maintenant. Les premiers disques que j’ai achetés avec mon argent à moi, je m’en souviens très bien, c’était Americana d’Offspring et Nevermind de Nirvana, à la Fnac de banlieue à côté de chez moi. J’avais découvert ces groupes grâce à des amis du collège, j’écoutais ça super fort dans ma chambre, ce qui énervait beaucoup ma mère. J’ai encore Nervermind, et je pensais avoir encore Americana mais il a du disparaître dans les limbes d’un déménagement.

CD Nirvana Nevermind

Quel est ton support physique préféré et pourquoi ? Est-ce que tu achètes d’autres supports ?

Ce n’est pas très original mais c’est le vinyle. Pour la beauté de l’objet, pour le rituel de l’écoute et le fait qu’on soit un peu « obligé » d’écouter tout l’album dans l’ordre souhaité par la, le ou les artistes.
J’adore particulièrement le format 10 pouces, pratique comme un 45 tours mais beau comme un 33 !

collection disques vinyles Maïlys

J’achète quelques CD mais c’est super rare, uniquement quand le format vinyle n’est pas dispo. Le format K7 est encore plus anecdotique chez moi, je ne sais pas expliquer pourquoi.

Tu écoutes aussi du digital ?

Oui beaucoup. Quand je cours, quand je me déplace à pied et dans les transports,et même parfois à la maison.
Cependant le choix de musique en ligne me semble parfois vertigineux, et que je trouve qu’on est parfois écrasé.e par la multitude de choses disponibles.
Je suis un peu nostalgique de la période où on se prêtait précieusement nos CD préférés, comme le gage de confiance ultime. Et où écouter tous les jours le même disque était normal, une plongée obsessionnelle dans une œuvre, alors que maintenant j’ai un peu l’impression que c’est la course à qui écoutera le plus de trucs différents et inconnus dans sa journée…

Es-tu sensible aux formats en édition limitée ou collector ? Et est-ce que tu y accordes de l’importance au point de pouvoir acheter un disque collector sans pour autant être super fan de l’artiste ?

Je peux y être sensible si ça m’apporte vraiment quelque chose du point de vue esthétique, ou pistes supplémentaires intéressantes.
Par exemple j’avais acheté la compil « The smugglers way » de Domino Records assez chère, alors que j’aurais pu écouter les morceaux en ligne, surtout parce que les flexidiscs et le zine à l’intérieur sont incroyablement beaux. Concrètement je l’écoute très peu par peur de les abîmer ce qui est absolument stupide haha.

Domino Records the smuglers way

Par contre je fais ça uniquement avec des artistes ou label que j’aime beaucoup, pigeonne mais pas trop !

Parlons un peu de compiles maintenant. Est-ce que tu en as et est-ce que tu aimes ça ?

J’ai quelques compiles, comme beaucoup je trouve ça pratique pour découvrir des nouveaux groupes, et même à passer en soirée. Mais ça s’arrête là, ça me fait moins rêver qu’un disque conçu de A à Z par un groupe ou artiste.
Compiles vinyle de Maïlys

Est-ce que tu fais attention à l’artwork des disques ? Est-ce que c’est quelque chose d’important pour toi ? C’est quoi tes pochettes préférées ?

Si ma préférence va au vinyle, c’est en grande partie grâce aux artworks. Parfois je sors un disque juste pour le regarder, et après je le range, les yeux satisfaits haha. Ou à l’inverse, j’aime moins sortir certains disques tellement je les trouve moches (peut-on parler de la laideur de certaines pochettes des albums des Oh Sees par exemple ?).
Ma pochette préféré, sans avoir besoin de réfléchir bien longtemps, c’est celle de la bande originale de Peau d’Âne de Jacques Demy par Michel Legrand. Toute la poésie du film et la beauté de ses couleurs transparaît sur la pochette, elle est vraiment merveilleuse, au sens littéral du terme.

Vinyle de Peau dAne, jacques demy

J’adore également la pochette de Parallel Lines de Blondie, qui a signé très tôt le démarrage de mon obsession pour le noir et blanc, en plus de m’avoir montré qu’une meuf pouvait avoir une place centrale dans un groupe de rock. La pochette de Floating Features de La Luz c’est un peu la pochette que je rêverais de faire si je sortais un 33 tours, hyper moderne et retro à la fois. Et cette pochette de ce disque d’April March, belle et délicate, comme tout ce qu’elle fait.

Vinyles de La Luz, Blondie et April March

Ca pourrait t’arriver d’acheter un disque ou une cassette d’un groupe ou artiste que tu n’aimes pas spécialement, juste pour l’artwork ou l’objet ?

Clairement non, les disques prennent déjà une place folle dans notre petit appartement parisien, pas de place pour un disque dont la musique ne me plaît pas !

Y’a-t-il un style de musique prédominant dans ta discothèque ?

Je ne crois pas, j’écoute vraiment beaucoup de choses différentes. J’ai beaucoup de disques de variété française 60s (mes collections de single de Polnareff et de France Gall font ma fierté), mais aussi beaucoup de post-punk, brit pop, punk, bande originales de film, etc…

Maïlys et ses disques de France Gall

Celui que tu sauves en cas d’incendie ou d’inondation ?

Je serais bien trop occupée à courir derrière ma lapine pour la mettre dans sa caisse de transport pour songer à sauver un disque je crois.

Comment ranges-tu tes disques ?

Ce fut l’objet de vastes débats et de multiples changements chez nous.
Déjà quand j’ai aménagé avec mon mec, on a fusionné nos collections de disques, un engagement encore plus important que l’emménagement lui même ! Avec de grandes discussions sur les doublons qu’on avait, puisque pour une question de gain de place on a stocké les disques en double ailleurs que chez nous, et revendus certains (« mais est-ce que ton édition de « Pink Flag » est vraiment mieux que la mienne hein ? »).
Ensuite on a opté pour un classement par genre pour les 33 tours, et par ordre alphabétique pour les 45 tours (et les 45 tours français sont séparés des autres 45 tours). On a décidé de ce classement un soir comme ça, et on a passé une nuit blanche à tout classer et débattre sur le genre de tel ou tel disque, c’était super cool comme soirée.

Etagère et collection de vinyles de Maïlys

Comment est-ce que tu te renseignes sur les sorties ? Est-ce que tu planifies tes achats ? Qu’est-ce qui va motiver l’achat d’un disque chez toi ?

Beaucoup de bouche à oreille comme tout le monde, ceci étant grandement facilité par les réseaux sociaux. Mes achats ne sont jamais planifiés, je vais acheter à l’occasion d’un concert, d’une visite d’un disquaire, d’un groupe découvert sur internet que je veux soutenir, etc…

As-tu un budget mensuel ?

Absolument pas. Je peux ne rien acheter pendant des mois, et ensuite claquer plein de sous d’un coup en disques lors d’un voyage ou festival par exemple.

C’est quoi le plus d’argent que tu aies dépensé dans un disque ?

Pour un 45 tours, c’est « Song 2 » de Blur dans une brocante, j’ai du le payer plus de 30 euros. Mais je n’ai aucun regret puisque c’est un morceau que je trouve parfait depuis le lycée, alors c’était comme trouver le Graal. Pour un 33 tours, ça doit être « Road to Rouen » de Supergrass, que j’avais trouvé à Londres pour plus de 60 euros, c’était avant qu’ils ne rééditent tous leurs albums. C’est un album un peu particulier dans la discographie de Supergrass, qui n’est pas apprécié par tous les fans car il est beaucoup plus acoustique et mélancolique, mais je l’adore.
Et j’avais fait péter ma CB pour un coffret de Singles de Joy Division chez Gilbert Jeune, mais comme dirait notre amie Marie Kondo, je ressens de la joie quand je touche cet objet alors ce fut de l’argent bien investi.

Les vinyles les plus chers de Maïlys

Hahaha… Sacrée Marie Kondo quand même… C’est qui les meilleurs disquaires dans ta ville ? Ailleurs en France ? Dans le monde ?

Franchement dans ma ville je n’en sais rien je fréquente peu les disquaires sans doute parce que je suis souvent trop intimidé pour fréquenter ces lieux.
Intimidée en grande partie par certaines remarques sexistes et jugeantes que je me suis prise régulièrement.
Genre « ah tiens c’est rare une fille qui écoute les Chameleons » quand j’ai enfin mis la main sur « Strange Times« , ou la palme que je raconte souvent, quand je cherchais le premier album des Horrors « ah non, nous on vend pas ce genre de chose hein », avec un regard méprisant qui te scanne des pieds à la tête. Je préfère du coup acheter en brocante, pendant les concerts, ou sur internet.
Par contre en voyage je vais beaucoup plus souvent chez les disquaires, et je garde un souvenir ému de mon passage chez Amoeba à San Francisco, et l’offre incroyablement riche qu’il y a. De manière générale je trouve d’ailleurs que l’accueil était meilleur dans les disquaires étrangers qu’à Paris, notre côté snob sûrement…

« Home is where the record player is », est-ce que ça te parle comme phrase ?

Que ça dépend si c’est moi qui choisit ce qu’on passe dessus ou pas haha.
Mais c’est vrai que dans n’importe quel situation je me déplace toujours avec mon casque et de la musique sur les oreilles, car c’est très rassurant d’être accompagnée par de la musique qu’on aime, un peu comme une armure sonore pour affronter le reste.

Parle-nous de ta platine : c’est quoi, et qu’est-ce qui tourne dessus ?

C’est une platine Pioneer vintage trouvée sur le Bon Coin, avec un super beau coffrage en bois. Malheureusement le câble qui la relie à la chaîne est en train de mourir, la réparation va être la première chose à faire après le confinement ! Sinon juste avant j’écoutais en boucle Police Control, et ses mélodies pop en français et arrangements parfaits.

platine pioneer vintage et Police Control

Qu’est-ce que tu penses de tout ce qui est spéculation autour des disques, sur Discogs, sur Ebay…? 

Le côte spéculation est vraiment regrettable. Je me souviens d’une discussion très animée que j’avais eu avec un type qui était très fier de dire que pendant le Record Store Day il fallait acheter plein de trucs rares pour les mettre ensuite en vente très cher sur eBay. Archi triste quoi.
Par contre je trouve que ce sont de supers plateformes pour trouver un disque qu’on cherche depuis des lustres, ou encore pour faciliter l’accès aux disques à des gens ne vivant pas de grandes villes et n’ayant pas à disposition beaucoup de disquaires ou brocantes.

C’est quoi pour toi la meilleure façon d’écouter un disque ?

Très fort , toute seule chez moi, pour pouvoir soit m’allonger en fermant les yeux, soit chanter très faux avec de la air batterie en même temps.

L’interview est maintenant finie ! Tu veux partager une dernière chose avec nous ?

Vivement la fin du confinement, qu’on puisse retrouver le plaisir d’écouter et de jouer de la musique toutes et tous ensemble ! (Ndlr : ça c’est bien dit…)

 

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