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Elsa, couturière pour sa marque Eva Koshka et DJette, 36 ans, Paris 18ème

« Tu sais, t’essayes de faire tes top 10, et en fait ça devient ton top 50, après ton top 100, et tu te dis “mais non, j’ai oublié ça !” Y’a des disques qui m’ont marquée quand j’étais ado et que j’aime toujours, et puis y’a des disques que j’écoutais il y’a 10 ans et que j’écoute encore maintenant. Du coup, tout est important pour moi, autant Sonic Youth que Shirley Collins. Mes disques, je les aime tous d’amour ! »

Quel a été ton premier contact avec un disque ?

Je pense que c’est pas très original, c’était Nirvana. Je devais avoir 12-13 ans. C’est vraiment le premier truc que j’ai écouté, j’étais à fond dessus… Mais après, j’ai vite dérivé. J’avais de la chance car là où j’habitais, à Boulogne-Billancourt, c’était un peu un no man’s land avec pas grand chose à faire, sauf une super médiathèque. Du coup, je passais ma vie dans la médiathèque et j’ai découvert plein de bouquins, plein de films, et surtout, leur discothèque était juste géniale. Donc j’ai commencé par découvrir des trucs dans la lignée de Nirvana, puis j’ai vite dérivé sur des groupes comme Sebadoh. Le mec de la médiathèque, je me rappelle, était un gros gros fan du Velvet donc y’avait des disques du Velvet, mais aussi des Thugs, de Pavement… C’était un peu mon premier contact avec des disques. Sinon, à la maison, mes parents écoutaient de la musique mais ça m’a moins marquée.

Et le tout premier disque que tu as acheté ? Tu l’as toujours ?

Oh, ça devait être “Nevermind” et c’était en CD. Il faudrait que je revérifie si je l’ai toujours, mais je crois que je me le suis fait piquer. Je n’écoute plus trop Nirvana, je fais pas un gros rejet, mais bon, c’est juste que j’ai écouté ça quand j’avais 12-13 ans… En fait si, j’ai réécouté “Nevermind” y’a 4-5 ans et la production est juste horrible ! C’était la prod de Butch Vig et justement, je crois que Kurt Cobain l’avait vraiment détestée. C’est un truc hyper compressé…Bref ! Nirvana, c’était vraiment un truc de génération.

Quel support physique préfères-tu et pourquoi ?

Le vinyle, parce que, même si c’est hyper bateau, le son est différent. Y’a une certaine pérennité, ça se conserve, tu peux écouter des vinyles qui ont 50 ans et le son n’aura pas bougé, enfin si la personne a pris soin de son disque ! Alors qu’un CD, ça se raye, les cassettes, on n’en parle pas !

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Est-ce qu’il y’a d’autres supports que t’achètes ? Et le digital, aussi ?

Non, pas trop. Le digital, je n’en achète pas, je suis pas là-dedans. Je sais pas, j’ai peut-être un côté un peu matérialiste, à vouloir posséder un disque. Après, j’écoute aussi plein de groupes qui sont sur Bandcamp et qui n’ont jamais sorti de disque…

Est-ce que tu es sensible aux disques édition limitée ou les collectors ?

Non et j’ai pas les thunes, haha ! Après, quand j’achète un disque pas cher alors qu’il en vaut plus, je suis contente, mais je ne vais pas forcément acheter un disque parce qu’il est collector ou parce que c’est une édition spéciale. J’achèterai parce que j’ai juste envie d’avoir le disque, le support et l’album…

Est-ce que tu as déjà acheté un disque d’un groupe ou d’un artiste que tu n’aimais pas spécialement, juste parce que tu aimais bien l’objet ou pour une autre raison d’ailleurs ?

Ouais, quand j’étais ado, je m’en rappelle. Ma mère me filait de la thune pour manger quand j’étais au lycée, elle me donnait genre 200 Francs pour manger la semaine et à l’époque, je ne mangeais pas et j’allais chez Gibert ! Je savais que ça faisait genre 4 disques en occas’. Je me rappelle, j’ai acheté “Bakesale” de Sebadoh parce que je trouvais que la pochette était marrante ! Elle m’avait marquée. Mais j’ai quand même écouté le disque, haha.

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Est-ce que tu aimes les compiles ? Tu en as ?

Oui, beaucoup. Je sais pas, je dois avoir des trucs comme les Animals, enfin des groupes dont je n’aurais pas forcément toute la discographie… Des compiles avec plusieurs artistes aussi, j’en ai plein ! En fait, comme je passe souvent des disques, c’est super pratique, surtout pour les groupes obscurs des années 60 qui n’ont pas sorti grand chose ou dont les 45 tours sont juste introuvables. Ou bien, je me fais mes propres compiles aussi.

C’est chouette ça ! Et tu les fais comment du coup ?

Alors, je les fais sur CD, haha. Compiler et enregistrer des titres sur un CD, c’est plus facile que de me coltiner 250 disques… À l’ancienne ! Et comme ça, ça peut être des disques que j’ai pas forcément, parce que c’est juste introuvable.

Du coup, ces titres, tu vas les chercher sur le net ?

J’avoue, ça m’arrive, haha. Maintenant, un peu moins. Mais quand tu voulais un disque et que tu voyais qu’il était juste introuvable sur Discogs… Ou alors, qui coûte trop cher…

C’est quoi le maximum que tu es prête à débourser dans un disque, justement ?

Avant, on va dire que j’étais limitée à 30€. Mais ça m’est déjà arrivé de payer plus. Je me rappelle notamment d’un disque des Slits, je le voulais absolument et j’ai du le payer 35€ alors qu’il vaut beaucoup moins cher ! Mais c’était sur eBay et donc, j’avais enchéri comme une folle parce que je le voulais, je le voulais !!! Et quand tu vois qu’à 30 secondes de la fin, tu es en train de perdre ton enchère, tu te dis “non non, c’est moi qui vais l’avoir” et tu te retrouves avec ton truc à 35 balles. Haha… Bon, on va dire maximum 50€ alors… Mais là par exemple, je cherche partout le premier album de Zappa et je sais que je l’aurai jamais à 50 balles ! J’arrête pas de parler de ce disque mais il est vraiment super bien et je le cherche depuis très longtemps… Un jour, je l’aurai !  

Est-ce que la pochette ou l’artwork des disques est quelque chose d’important pour toi ?

Oui, parce que c’est un tout. Enfin, le groupe y a pensé, donc oui, ça peut être important.  

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Après, j’ai aussi des disques dont les pochettes sont juste horribles, mais je les aime quand même haha !

Est-ce que tu as des pochettes préférées ? Lesquelles ? 

C’est bateau mais j’allais parler des pochettes des Cramps, elles sont juste géniales. Forcément, elles ont été réfléchies par le groupe, enfin par Poison et Lux, et c’est Lux qui a photographié chez lui. Après, j’adore la pochette des Feelies ou alors le Velvet, par exemple. “Pink Flag” de Wire, est aussi une de mes pochettes favorites. Aussi, je m’amuse à reproduire les pochettes en feutrine, avec mes pochettes favorites justement, quand elles ne sont pas trop compliquées à faire… Comme je ne fais pas de musique, que je n’ai pas de groupe, j’essaye de faire autre chose. Tu sais, tu veux t’exprimer autrement, t’exprimer de façon différente.

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Les pochettes préférées d'Elsa, reproduites à la feutrine

Selon toi, quel est le style le plus présent dans ta discothèque ?

Alors là, je sais pas, c’est une vaste question. J’ai beaucoup de folk, j’ai aussi beaucoup de post-punk, du garage, de l’indie, du punk… Non, pas vraiment de style. J’ai vraiment beaucoup de choses différentes car j’aime vraiment plein de trucs. De toute façon, quand t’es passionné de musique, tu écoutes un groupe et après, tu découvres d’autres groupes, tu t’ouvres sur plein de styles différents.

Est-ce que tu as un disque préféré, celui que tu sauverais si ton appartement prenait feu tout de suite ?

Non, haha. Non, vraiment. Ca serait comme de devoir choisir entre Sonic et Bijou par exemple et non, c’est pas possible ! (ndlr : ce sont ses 2 chats 🙂 ) Je peux pas choisir. Tu sais, t’essayes de faire tes top 10, et en fait ça devient ton top 50, après ton top 100, et tu te dis “mais non, j’ai oublié ça !” Y’a des disques qui m’ont marquée quand j’étais ado et que j’aime toujours, et puis y’a des disques que j’écoutais il y’a 10 ans et que j’écoute encore maintenant. Du coup, tout est important pour moi, autant Sonic Youth que Shirley Collins. Mes disques, je les aime tous d’amour !

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Comment est-ce que tu classes tes disques ?

Basique, j’ai un rangement alphabétique. Mais comme je suis une énorme fan de Billy Childish, j’ai une case spéciale pour toutes ses formations, car je peux pas mettre Thee Milkshakes quelque part et Thee Headcoats autre part. J’ai fait une section Lee Hazlewood aussi, avec toutes ses productions. Mais à part ça, c’est par ordre alphabétique. J’ai pas énormément de vinyles, genre 300, mais par contre, environ 800 CDs – sauf que je les cache dans ma chambre. Je suis actuellement en train de tous les rentrer sur Discogs, parce qu’en fait, j’ai un problème : parfois, j’achète des disques et je sais plus ce que j’ai… Et je sais très bien que ça pourrait m’arriver d’acheter des disques en double ! Alors que mon mec a 100 000 disques et il sait exactement tout ce qu’il a, haha.  

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Comment te renseignes-tu sur les sorties de disques ou découvres-tu de nouveaux groupes ?

Je suis accroc à une émission sur Internet, c’est un podcast d’un mec qui vient de San Francisco je crois, et son émission est juste géniale. Ça s’appelle Dynamite Hemorrhage. Ça dure une heure et il passe des trucs hyper pointus, autant des trucs post-punk du fin fond des Etats-Unis que des groupes français… Je découvre plein de disques grâce à ça ! Par exemple, y’avait un truc qui était sorti sur Danger Records, Trümmerfrauen, et j’ai découvert grâce à Jay de Dynamite Hemorrhage. Il a même posté En Attendant Ana sur sa dernière émission. Des fois, tu te demandes comment il a découvert ça, tous ces trucs de tous les pays du monde. Jay, c’est un gros geek. Il a une pote aussi, son site s’appelle Futures & Pasts. Elle est géniale, elle a une espèce de voix super bizarre, elle parle comme Daria, mais je l’écoute un peu moins parce qu’on peut pas tout faire dans la vie, haha ! Sinon, je découvre aussi des trucs par mon copain (ndlr : il est disquaire) mais pas forcément non plus. Il ne rentre pas tous les soirs en me disant “alors aujourd’hui, j’ai reçu ça, j’ai reçu ça…” haha ! J’ai découvert aussi pas mal de groupes et de vieux trucs en téléchargeant des compiles, notamment celles qu’un mec faisait autour des Cramps : elles s’appelaient “Lux and Ivy’s Favorites” et sont juste géniales, avec des styles hyper variés ! C’est pour ça aussi que je suis fan des Cramps ou des groupes comme The Fall. Pas forcément que pour leur musique, mais aussi parce que c’étaient des “passeurs” et que grâce à eux, j’ai découvert plein de titres obscurs !

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Est-ce que tu es du genre à planifier tes achats de disques ?

Non, pas du tout. Je fais vachement les vide-greniers, mais à Paris, c’est quasiment que des vendeurs professionnels. Tu chopes des trucs, mais pas non plus à des prix de dingue. Après, on fait un truc un peu taré avec mon copain : du tourisme pour les disques, haha. A chaque fois qu’on part en vacances, on essaye de choisir les destinations par rapport au nombre de disquaires. On est allés à Berlin et à Amsterdam parce qu’il y avait plein de disquaires… Cet été, à Marseille. Pourquoi on a choisi Marseille ? Parce qu’il y avait pas mal de disquaires ! Même si au final, ils étaient pas tous bien… Donc voilà, je ne planifie pas mes achats mais je suis capable de partir en vacances pour ça ou bien de faire des brocantes quasiment tous les dimanches.

Et tu as une idée de ton budget mensuel ?

Un peu quand même, même si j’ai pas non plus un salaire de folie. Ça dépend aussi des disques que je trouve, ça s’équilibre : je trouve pas non plus toujours des trucs où j’ai envie de claquer, quoi. Quand on a été aux Etats-Unis, c’était génial, on a trouvé des disques de dingue à des prix de folie ! Et puis, tu y trouves vraiment des bons disques…

Qu’est-ce qui motive un achat de disques chez toi ?

Coup de coeur, surtout. Après, j’ai ma wishlist avec tout ce que je voudrais. Mais quand je vais chez un disquaire, je l’oublie. Je vais faire tous les bacs. Par exemple, on était chez un disquaire à Grenoble et il avait des Headcoatees. C’était pas dans ma wishlist, mais j’étais très contente de les acheter !

Il y’a quoi dans ta wishlist, alors ?

En ce moment, je cherche le premier disque de David Axelrod, qui est un peu dur à trouver. Sinon on l’a compris, le premier Zappa, haha ! Je cherche aussi un disque de Davey Graham, un mec qui faisait du folk anglais, le premier Brigitte Fontaine – c’est mon nouveau truc – et aussi, dans un autre genre, les premiers Trisomie 21. Là par contre, c’est hyper dur à trouver… Je cherche aussi deux 45 tours de Gainsbourg avec des musiques de films, ça s’appelle “Le cinéma de Monsieur Gainsbourg” et c’est pas une sortie officielle. Je les ai vus sur Discogs, mais ils sont super chers… Du coup, je me fais plus souvent les bacs de trucs français, dans l’espoir de tomber dessus !

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On change un peu de sujet : comment est-ce que tu vois le rapport entre un disque et voir un groupe en live ?

Généralement, en live, j’attends qu’un groupe apporte un peu plus que le disque, qu’ils ne rejouent pas forcément l’album note pour note. Après, la qualité du live, ça dépend un peu des salles où tu vas. Mais tu as quelque chose qui se dégage. Y’a des groupes, sur disque c’est pas dément, et en live, c’est juste mortel… Je fais beaucoup beaucoup de concerts, mon budget part pas mal là-dedans. Et c’est vrai que parfois, y’a des concerts, tu en ressors et tu as juste envie de pleurer tellement c’était nul à chier ! Rendez-moi mon argent, haha ! Je crois que je sélectionne un peu mieux les concerts, maintenant. Cette année, on faisait le bilan avec mon copain et on se disait qu’on avait fait beaucoup moins de concerts. Et puis, je sais pas, parfois t’as des trucs qui te parasitent et tu peux moins te concentrer sur le concert. Par exemple, on a été voir Luna au Petit Bain et le concert était très bien, sauf que j’étais pas hyper bien placée. Je m’étais acheté une grosse biographie de Carson McCullers juste avant donc j’avais hyper mal au dos, et puis, y’avait des gars devant moi donc je voyais pas bien et du coup, j’étais pas dedans. Je sentais qu’il y avait un truc, mais je suis passée à côté.

Quels sont tes disquaires préférés à Paris ? Et dans le reste du monde ?

Alors, Pop Culture Shop… Hahaha ! Sinon, Plus de Bruit, pour les occas’ et Born Bad, c’est un peu une valeur sûre. Et je fais pas mal de vide greniers. A Boston, j’avais adoré deux disquaires. Le premier, c’est In Your Ear, qui est juste génial. On avait trop galéré pour le trouver, on avait marché marché… On s’est rendus compte que les distances à Boston, c’est pas comme à Paris ! Ils ont un sous-sol et tu y trouves que des perles, genre j’y ai trouvé le premier Martha and the Muffins à 5$, plein d’autres trucs à 2$… L’autre qui était bien aussi à Boston s’appelle Deep Thoughts, et pareil, il fait des trucs hyper pointus, obscurs, clando… Je crois qu’on y est retourné 3 fois ! Sinon vu que j’en reviens, j’ai bien aimé Tangerine à Marseille. J’y ai été 2 fois aussi ! Maintenant, j’aimerais bien aller à New York pour découvrir le coin et faire mon petit tour des disquaires ! Et puis Philadelphie, je pense qu’il y’en a des pas mal aussi là-bas.

Home is Where the Record Player is, tu acquiesces ?

Tout à fait, je suis entièrement d’accord. Je pensais même me faire tatouer une platine vinyle à un moment… Et puis ma platine, c’était celle de mon grand-père ! Il écoutait pas du tout du free jazz ou Black Sabbath dessus, haha, je pense qu’il devait plutôt écouter les Platters. Mais je suis contente de l’avoir récupérée quand il est décédé…

Du coup, c’est quoi le disque qui tourne dessus ?

Là, c’est les Electric Prunes. Mais justement, c’est un disque qui a été produit par David Axelrod, dont je cherche le premier disque. En fait, c’était un énorme producteur – il est mort y’a pas longtemps – il a produit plein de trucs mais après, il a aussi fait des disques lui-même, en solo. On l’a un peu redécouvert dans les années 90 car il a vachement été samplé, mais il a vraiment fait des trucs de taré quoi !

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Est-ce que tu as un petit mot à dire sur la spéculation autour des disques sur Discogs, eBay…?

Forcément, c’est la demande qui fait que, et aussi si le disque est une rareté… Je sais pas, je suis pas dans la spéculation, j’achète un disque parce que je l’aime. Après, je sais que j’ai des copains à fond dans le garage qui ont déjà acheté un 45 qui vaut 1500€ ! Moi je pourrais pas. Déjà, j’achète rien à 1500€ ! Enfin peut-être un ordinateur, mais bon, c’est pas le même usage, et encore… Je crois que même si j’achetais un disque à 150€, je le mettrai dans un coffre fort et j’y toucherai pas, haha ! Après, c’est un truc de collectionneur : des gros gros collectionneurs qui achètent des disques à des prix indécents et parfois, c’est même pas pour les écouter, c’est juste pour les avoir. Je trouve ça même un peu malsain, parce que tu sais que le mec, il s’en fout de la musique…

Est-ce que tu as quelque chose à rajouter ?

Oui, je n’ai pas parlé de ça, mais j’organise des concerts à Paris, en général à la Méca. Donc, je ne fais pas qu’écouter des disques, j’aime bien aussi faire quelque chose, être active. Autrement, on n’en a pas parlé non plus, mais quand t’es une fille et que tu passes des disques, t’as toujours des mecs qui te disent “ah c’est cool que les filles, elles écoutent du rock !” Euh… Ou pour peu que tu passes des disques avec un pote, genre ping pong, un morceau chacun, le nombre de fois où, à la fin, je vois des gens qui viennent serrer la main et féliciter mon comparse mec et moi, je suis là genre “non, mais je fais pas assistante DJ ! J’ai aussi passé des disques !” Trop classique…

J’ai l’impression qu’on a un vrai problème avec ça, en France…

Oui, parfois, t’essayes d’avoir une conversation sur la musique avec des mecs et ils vont juste se comporter comme si tu n’y connaissais rien. Un jour, je parlais de musique avec mon ex et un mec, et on parlait de groupes australiens. Dans la conversation, à un moment, je dis qu’il y a aussi toute une scène néo-zélandaise avec le label Flying Nun et que j’en suis hyper fan, et là, le mec me dit “non non, mais c’est des trucs récents et c’est pas terrible…” avec un ton hyper paternaliste, à me remettre à ma place. Non mais mec, je te parle d’un truc des années 80, non ce n’est pas récent ! Le mec était genre “de toute façon, t’es qu’une meuf, tu peux pas connaître ça et si tu connais, c’est parce que c’est ton mec qui t’a fait découvrir et que t’as pas connu par toi-même”. Un peu comme un gamin “pourquoi tu joues avec mes billes ?”

Mansplaining musical dans toute sa splendeur…

Oui et pour peu que ton mec connaisse plein de trucs… Mon mec a une connaissance de la musique plus encyclopédique que moi vu qu’il est disquaire, mais moi, je ne tire pas mes connaissances de mon mec. On est deux entités à part. Après, on a de la chance, on écoute les mêmes trucs, mais j’existais avant lui. Fred ne me le fait pas du tout ressentir comme ça, le problème, c’est les gens autour. Mais non merci, c’est bon, j’ai pas besoin d’avoir un grand frère et un mec pour m’expliquer la vie. Ou tu sais, quand tu passes des disques et qu’il y a un mec qui vient et qui touche à ta table pour te régler ton son ! Putain, mais fuck off, je t’emmerde ! Une fois, je passais de la northern soul au Baron Samedi et je crois que Michael Jackson venait juste de mourir. Et là, un mec vient me voir et me dit “tu veux pas mettre du Michael Jackson ?” donc je lui réponds “bah non, j’en ai pas”. Le mec commence à fouiller dans mes disques et je commence un peu à m’énerver. Il me dit “non mais de toute façon, tout le monde s’emmerde à ta soirée” et donc je lui dis “j’ai pas l’impression, et puis si ça te plaît pas, t’as qu’à faire tes propres soirées”. Et ce con me dit “ah mais tu réagis comme une fille, tu as tes ragnagnas ou quoi ?” Alors là, je te jure, j’étais vraiment à deux doigts de me le faire. Sauf que je me serais pas vue le frapper, parce que je frappe personne et que je frapperai jamais personne. Heureusement, les gars du bar l’ont un peu calmé. En plus, j’étais quand même en train de passer des disques, et donc j’avais pas que ça à faire…

***

Elsa a donc un blog qui s’appelle Down From Dover que je vous invite à lire et elle organise souvent des concerts sur la capitale sous le blaze Crazy Rhythms. Enfin, pour la voir en chair et en os, c’est à sa boutique, Eva Koshka, dans le 9ème arrondissement.

 

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